«Envoyé spécial» lève le voile sur «Niazovland»

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« Un sujet sur le Turkménistan, c'est quoi l'actu ? » Catherine Berthillier a beaucoup entendu cette question. Et se réjouit donc de l'intérêt suscité par son reportage sur la dictature dirigée par Saparmoura Niazov, autoproclamé président à vie de ce pays d'Asie centrale. Ce soir sur France 2, « Envoyé spécial » donnera à voir « l'un des pires régimes du monde, explique-t-elle, mais la télé n'est preneuse que de “bonnes” histoires. Or, je disposais d'un récit tragique et de personnages héroïques. »

Leurs noms ? Ogoulsapar Mouradova et Annakourban Amanklytchev, deux reporters locaux qui l'ont, en mars, aidée à tourner des images en caméra cachée. Ils ont été arrêtés en juin. La première, correspondante pour Radio Liberté Europe, est morte dans une prison secrète il y a quinze jours. Un décès qui n'a rien de naturel. Et « nous sommes sans nouvelles d'Annakourban », indique Reporters sans frontière. « Ils étaient, avec quelques autres, les seuls contacts permettant d'enquêter au Turkménistan, précise Sylvie Lasserre, auteur d'un reportage publié par Le Monde 2 cet été. Désormais, ce sera mission impossible. »

Depuis 2003, le pays n'accorde aucune accréditation. Seuls des visas touristiques de cinq jours sont délivrés. « Pour obtenir plus d'images, Annakourban a aussi filmé après mon départ, poursuit Catherine Berthillier. Il a été démasqué. » Les chaînes turkmènes, aux ordres de Niazov, ont dénoncé la Française et son équipe. « Le régime sait donc que la télé occidentale va parler de lui, note-t-elle. Peut-être est-ce une chance pour Annakourban, qui a été torturé mais pas encore liquidé. »

David Garcia, spécialiste du Turkménistan, n'y croit pas. « Niazov s'en fout. Il tient tout le monde par des intérêts commerciaux ». Pour son livre Le pays où Bouygues est roi, Garcia a enquêté sur les liens entre le propriétaire de TF1 et le dictateur. Outre le BTP, Bouygues a modernisé les médias turkmènes. « Du beau travail, raille Catherine Berthillier, leur télé est un bel outil de propagande. » Une réalité qu'« Envoyé spécial » édulcore en mentionnant simplement la collaboration d'« ingénieurs français ».

Alice Coffin