Des journalistes candidats au sexisme

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Une femme à l'Elysée. Fiction ou anticipation ? Demain, sur France 2, ce scénario relèvera de la première catégorie. « L'Etat de Grace », série en six épisodes, met en scène la première présidente de la République. Grace Bellanger, 41 ans, jongle entre sommets internationaux, cours de tango et grossesse mouvementée. « Nous n'avions pas pronostiqué la percée de Ségolène Royal, précise la productrice Sophie Revil. C'est une heureuse coïncidence. Mais cela reste une comédie.» Même si, par souci de réalisme, les scénaristes ont sollicité l'expertise d'élues. « Ils ont bien pris en compte mon témoignage, note Anne Hidalgo, première adjointe PS à la Mairie de Paris. Reste que Grace, si pure et si fragile, n'aurait, en réalité, aucune chance. Cette vision est symptomatique : les médias aiment présenter les femmes politiques comme de petits êtres sensibles ! » Illustration de cette condescendance : « Lorsque Jospin a versé des larmes à La Rochelle, on a parlé de sincérité, souligne Arlette Laguiller, de LO. Quand j'ai pleuré devant les caméras, cela a été perçu comme un aveu de faiblesse ! »

La palme de la discrimination revient aux « commentaires sur notre physique, affirme l'UMP Roselyne Bachelot. Pour y couper, j'ai été, comme d'autres, tentée de me masculiniser. J'évite juste les jupes, histoire de ne pas subir un plan sur une cuisse trop exposée ! Mais je refuse de me laisser tchadoriser ! » Outre cette obsession vestimentaire, les journalistes s'autorisent aussi « beaucoup de questions d'ordre privé », ajoute Roselyne Bachelot. Et d'évoquer un présentateur de la Chaîne parlementaire, qui l'a interrompue « au milieu d'une très sérieuse déclaration » par un intempestif « Vous avez été draguée ? »

Conséquence du sexisme ambiant : « Nous sommes moins interrogées sur le fond », note Corinne Lepage. En 1995, la présidente de Cap 21 fut, comme les onze autres femmes ministres du gouvernement Juppé, « affublée du sobriquet macho de “juppette”, par les médias ». Leur « ségolisme » attesterait-il d'une évolution ? « Cet emballement est dangereux, rectifie la socialiste Catherine Trautmann. Pendant mon élection à la mairie de Strasbourg, les journalistes m'ont encensée. Pour mieux m'abattre ensuite à coups d'attaques sexistes. Dès qu'on arrive au pouvoir, on ne les amuse plus, et ils nous font dégringoler. » L'état de grâce est parfois trompeur.

Alice coffin