Sur TF1, «24 heures aux urgences» et sous le regard de soixante caméras

Joël Métreau

— 

"24 heures aux urgences", un "documentaire du réel" sur TF1.
"24 heures aux urgences", un "documentaire du réel" sur TF1. — DR

«24 heures aux urgences» est programmé sur TF1 juste après trois épisodes de «Dr House». Une énième fiction médicale? Non. Et «Ce n’est pas de la téléréalité», renchérit Jean-Jacques Eledjam, chef du CHRU de Montpellier où a été tournée cette série documentaire, diffusée en six épisodes. Après trois mois de repérages, pendant dix jours et dix nuits, au printemps 2012, une quarantaine d’employés de Presse & Co, filiale de la maison de production Shine France, ont planté leur soixante de caméras à l’intérieur du CHRU de Montpellier, parmi les 750 salariés.

Adaptation d’un format britannique

A l’extérieur, un car de régie, «toujours resté ouvert au personnel», explique le producteur Frédérick Lacroix. «On n’a rien à cacher». Et surtout, «un dispositif qui permet d’oublier les caméras, car il n’y a ni caméraman, ni ingénieurs du son dans l’établissement, précise Thierry Lachkar, président de Shine France. Une vérité naturelle émerge.» Ce dispositif avait déjà été appliqué par les caméras à l’intérieur de la maternité de Poissy pour «Baby Boom», un succès d’audience pour TF1. Comme «Baby Boom»,  «24h aux urgences», est  l’adaptation d’un format britannique. Celui de «24 Hours in A&E» (A & E, pour Accident and emergency), programme diffusé outre-Manche. Cette série documentaire, qui a connu deux «saisons» sur la chaîne Channel 4, réunissait en moyenne 2,2 millions de téléspectateurs (quelque 9,8% de parts d’audience).

«Ne pas montrer la mort en direct»

Les urgences, ce sont «des montagnes russes émotionnelles», explique Thierry Lachkar. Ça se voit. «24 h aux urgences» s’appuie sur un montage dramatique, des musiques démonstratives et une voix off au «nous» impliquant les urgentistes. «Cela a demandé six mois de narration et d’écriture pour trouver le bon ton», note Thierry Lachkar. Pratique pour la narration, la procédure linéaire du suivi du patient. «Les urgences ne fonctionnent que comme une marche en avant, explique Jean-Jacques Eledjam.  Les gens ne reviennent jamais par l’endroit où ils ont commencé.  C’est une première salle, puis on va d’étape en étape.» «Grâce aux 60 caméras, on avait la possibilité de suivre deux histoires en parallèle, on ne pouvait pas aller au-delà. Le réalisateur faisait attention aux deux», explique le producteur Frédérick Lacroix. Sans risque de voyeurisme ? «Il y avait des écueils, des choses à ne pas montrer comme la mort en direct», note le chef du pôle urgences. 

Et le manque de moyens?

Mais ces «histoires» ne se sont-elles pas racontés aux dépens de la réalité? «Un épisode montre un embouteillage absolu avec beaucoup de patients, on voit qu’ils sont débordés. Mais on n’est pas allés leur poser la question sur leur manque de moyens », admet Frédérick Lacroix.» «C’est vrai, on n’a pas toujours les moyens,  et en même temps la série montre comment les équipes arrrivent à faire au mieux avec les patients», assure Guillaume du Chaffaut, directeur adjoint du CHU, chargé des affaires générales et de la Communication. D’ailleurs Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France, se montre sévère après avoir vu un épisode : «Je salue l’exploit technique et la mise en valeur des médecins. C’est un très beau spectacle, mais qui ne correspond pas aux difficultés sur le terrain.»

La bande-annonce de «24 heures aux urgences»: