Le 11 Septembre truste les chaînes françaises

©2006 20 minutes

— 

« L'effondrement des tours jumelles a été montré des milliers de fois par les télés du monde. » Bernard Zekri, directeur des infos d'iTélé, admet qu'à force de rediffusions, les images des attentats de New York perdent de leur sens. Preuve de ce divorce avec le réel ? Malgré une obsession cathodique, illustrée par la décision de CNN de relayer lundi sur son site l'intégralité des « directs » proposés par la chaîne le 11 septembre 2001, 30 %* des Américains ont oublié l'année de survenue du « nine-eleven ».

A croire que trop d'infos tue l'info. En la matière, les chaînes françaises n'ont pas de leçon à donner. Pour commémorer les cinq ans de la tragédie, ces images qui ont changé la face du monde vont être rebattues jusqu'à la nausée. Au risque de la banalisation. Le docu-fiction de France 2 Dans les tours jumelles a inauguré la déferlante lundi, rivant au poste 7,3 millions de téléspectateurs. Un coup d'oeil aux programmes de dimanche prochain convainc du trop-plein : M6 dégaine une soirée spéciale à partir de 18 h 40, Arte dédie une Théma au World Trade Center d'Oliver Stone, et TF1 ressert à 22 h 35 le docu des frères Naudet New York : 11 septembre, diffusé en 2002 sur la Trois. A 20 h 45, France 5 se fend d'une enquête titrée « New York police : état de guerre ». Une accroche digne d'une série US. « La fiction et le réel s'imbriquent, déplore Denis Muzet, directeur de Médiascopie. Ces images deviennent des mythes, recyclés dans la pub et le cinéma. »

Comment donc revenir sur l'événement en satisfaisant la quête de sens des téléspectateurs ? « Les chaînes abusent certes de la répétition, mais nous apportons aussi une plus-value, plaide Bernard Zekri. En témoigne notre sujet sur les New-Yorkais victimes des poussières toxiques qui se sont dégagées des tours. » Sur la Deux, David Pujadas promet « un retour dans le village natal des kamikazes saoudiens ». Reste l'effet hypnotique induit par ces multidiffusions. « Ces images étaient hallucinantes le jour même, pondère Pujadas. A 2 h du matin, en rentrant chez moi après toute une soirée de direct, je les ai revisionnées pour me persuader que c'était vrai. »

Raphaëlle Baillot

* Sondage du Washington Post publié le 9 août 2006.