Allons enfants de France Télévisions!

©2006 20 minutes

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Rentrée en rangs serrés. L'icône du « Soir 3 », Marie Drucker, et son « alter-info » de France 5, Yves Calvi, orchestraient, hier au Cirque d'Hiver, la conférence de rentrée de France Télévisions. Un duo pour glorifier un quintet de chaînes : France 2, France 3, leurs petites soeurs France 4, France 5, et RFO. « Cinq vitrines, cinq marques non plus concurrentes mais complémentaires », a martelé le ténor du groupe, Patrick de Carolis. Un « patriotisme » cathodique qui ne doit rien au hasard. Jeudi, le gouvernement a donné son aval à la fusion des deux bouquets satellite payants TPS et Canal Sat. Un mariage en forme d'épouvantail pour le service public, dont la marge de manoeuvre et les capacités d'achat risquent de rétrécir. « Le privé évolue, le modèle public évoluera aussi », commentait Carolis. Et de promettre une « position de force » en 2010, lors du passage au tout-numérique.

Pour se démarquer, France Télévisions parie sur la culture. « C'est sur ce terrain que se construiront l'identité du groupe et la personnalité de chaque chaîne », a entonné le directeur général, Patrice Duhamel. Ainsi, Frédéric Taddéï animera chaque soir sur France 3 un mag éclectique, « Ce soir ou jamais ». Harmonisation oblige, les rendez-vous intellos de Franz-Olivier Giesbert passent de la Trois à la Cinq. Et France 2 adaptera des chefs-d'oeuvre de la littérature, Molière et Maupassant en tête. Des lettres, donc. Et un chiffre : 365 millions d'euros, dédiés à la création audiovisuelle. Soit « un million par jour ! », plastronnent Carolis et consorts. Une facture sans précédent, que la générosité de l'Etat aidera à digérer : les subsides de la holding ont été augmentés de 46 millions d'euros pour 2007.

De quoi donner à Carolis assez de confiance pour négocier le « grand virage éditorial » promis depuis un an à ses « 11 000 salariés ». Lesquels étaient, au sortir du Cirque d'Hiver, un peu ronchons. Aucune plage n'avait en effet été prévue pour le traditionnel jeu des questions-réponses entre les journalistes et le staff du groupe. « Jamais France Télévisions n'a autant méprisé la liberté de la presse ! », soupiraient quelques-uns. Le « patriotisme » ne supporte visiblement pas la contradiction.

Christel Brigaudeau