Un projet d'aire mal accueilli

POLÉMIQUE ne pétition circule contre un futur lieu pour gens du voyage à La Robertsau...

Philippe Wendling

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«Alerte environnement », peut-on lire sur des banderoles le long de la route de La Wantzenau. Un projet d’aire d’accueil pour gens du voyage, rue du Hellwasser, soulève l’indignation d’habitants de ce secteur de la Robertsau. Leur association vient de dépasser en un mois et demi les 2 000 soutiens via une pétition (larobertsau.com). « Nous ne sommes pas contre une aire à La Robertsau, précise Alexandra Bieth, leur présidente. Nous pensons que d’autres terrains sont plus appropriés que celui-ci qui, en lisière de forêt, est dans une zone non-constructible, inondable et Natura 2000 », c’est-à-dire distinguée par un label européen pour la valeur patrimoniale de sa faune et de sa flore.

Un « poumon vert » menacé

« Pour créer cette aire, il va falloir raccorder le site aux réseaux électriques et d’eau. Tous les terrains de la zone deviendront dès lors constructibles, avance Alexandra Bieth. Nous refusons que l’on grignote l’un des derniers poumons verts de la ville où beaucoup de familles viennent se promener. Nous ne comprenons pas pourquoi la mairie a retenu ce site. » Le conseil de quartier de La Robertsau s’interroge aussi. Dans une motion, en janvier, il déplorait « l’absence de véritable justification du choix du site et considère que la décision de la ville est arbitraire ». « On comprend d’autant moins que le terrain est voisin d’une ancienne station d’épuration, dont les sols sont pollués et d’où se dégagent de fortes odeurs, des mouches et moustiques, souligne Alexandra Bieth. Ce ne sera pas agréable pour les gens du voyage. »

Autre grief, moins politiquement correct, entendu dans ce quartier cossu%u2005: « Nos maisons vont perdre de la valeur », lâche une habitante d’une soixantaine d’années « peu rassurée par un voisinage avec des nomades ». Fustigeant également une « décision hâtive », l’UMP Robert Grossmann pointe, lui, que juste en face du terrain retenu « un projet immobilier de standing est en train de se construire. Les personnes qui ont investi n’ont pas été informées en amont de la création de cette aire » par la majorité PS de la CUS. Son promoteur n’a pas encore tenu à s’exprimer.

Un choix justifié, selon la CUS

Pour Mathieu Cahn, le vice-président socialiste de la CUS chargé du dossier, cette polémique « cache en réalité un rejet clair des gens du voyage, mais que ne partagent pas, heureusement, tous les habitants de La Robertsau. À chaque fois que nous créons une aire quelque part, nous avons le droit à des protestations. » Choisi parmi une quinzaine, le terrain serait le plus adapté, dit-il, car il est « proche d’écoles, d’axes de transports » et que 90 % du foncier appartient à la CUS. Les 10 % restants sont en passe d’être rachetés ou échangés à leurs deux propriétaires. Quant aux arguments écologiques des opposants, ils seraient peu fondés. Le label « Natura 2000 signifie juste, mais ce n’est pas une obligation, que le préfet peut demander une étude d’impact environnemental du projet. Je pense que nous en ferons une de toute façon », dit l’élu, précisant que « selon des experts, le site n’abrite que des espèces animales communes ». Aucune raison donc que ce projet de 21 emplacements (42 caravanes) n’aboutisse pas, comme il le souhaite, « avant la fin du mandat », comprendre en 2014. Les travaux, estimés à 1,8 million d’euros, pourraient débuter dans un an. Le conseil de CUS devrait les entériner dès juin prochain. L’association de riverains n’exclut pas alors de saisir la justice.

La CUS est contrainte de se mettre en conformité avec la loi Besson

Depuis la loi Besson de juillet 2000, les communes de plus de 5 000 habitants doivent abriter une aire d’accueil pour les gens du voyage. Dans la CUS, plusieurs d’entre elles sont encore dans l’illégalité. Selon Mathieu Cahn, le vice-président (PS) de la CUS chargé du dossier, tout va rentrer dans l’ordre d’ici à deux ans%u2005: « La communauté urbaine dispose actuellement de 240 emplacements et il en reste 118 à réaliser. » De six, la collectivité va passer à dix aires. Des projets sont en cours à Fegersheim, Bischheim-Hoenheim, Eschau et à Strasbourg (La Robertsau). La CUS a aussi ratifié, en mars, la création d’un espace commun à Mundolsheim et Niederhausbergen, malgré un recours déposé en 2011 devant le tribunal administratif par le maire de ce dernier village. La plainte est toujours à l’étude, mais selon Mathieu Cahn l’aire devrait tout de même « voir le jour à la fin de l’année ou début 2013 ».

« Si le nombre de places doit être augmenté, l’organisation même des aires doit être revue, nous glisse un militant associatif sous couvert d’anonymat. Dans certaines, en raison de leur aménagement, du béton, la chaleur les rend invivable l’été. Rien n’est prévu pour les enfants, les personnes âgées ou malades. Comme ces aires sont gérées par des gardiens de la ville, aux horaires de fonctionnaires, il est impossible d’y rentrer la nuit, ce qui prive de liberté des gens qui justement ont un mode de vie libre. » Dans le nouveau règlement intérieur des espaces de la CUS, voté en mars, il est stipulé que « l’accueil ne peut avoir lieu les dimanches et jours fériés » et qu’il s’effectue « sur place du lundi au samedi, aux heures ouvrables sur rendez-vous ».