«Je ne remettrai pas en cause le régime concordataire», dit François Hollande

PRÉSIDENTIELLE 20 Minutes» a soumis un questionnaire sur l’Alsace aux candidats...

Propos recueillis par Philippe Wendling

— 

Paris le 12 avril 2012. QG de campagne  de Francois Hollande candidat a l'election presidentielle 2012. Portrait Interview.
Paris le 12 avril 2012. QG de campagne  de Francois Hollande candidat a l'election presidentielle 2012. Portrait Interview. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Du fait du droit local et du Concordat, ainsi que de la présence sur son sol de la plus vieille centrale nucléaire du pays et du Parlement européen, l’Alsace est singulière à plus d’un titre. 20 Minutes a soumis un questionnaire aux candidats à l’Élysée pour savoir s’ils maintiendront ses spécificités en cas de victoire le 6 mai prochain.

L’Alsace et la Moselle jouissent d’un droit local spécifique, offrant notamment des avantages sociaux à leurs habitants. Etes-vous pour ou contre son maintien?

Je ne remettrai pas en cause les dispositions de lois spécifiques qui s’appliquent à l’Alsace-Moselle. Elles sont l’héritage historique du rattachement de ces régions à l’Allemagne entre 1871 et 1918 et sont une composante essentielle de l’identité alsacienne au même titre que le bilinguisme et la culture régionale. Notre République est et restera respectueuse des identités et des diversités locales. C’est d’ailleurs la gauche et François Mitterrand qui ont mis en place la décentralisation, donnant ainsi aux collectivités locales de nouveaux pouvoirs et de nouvelles libertés. Je poursuivrai en ce sens à travers un nouvel acte de décentralisation. Je me suis également engagé à faire ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires par le Parlement.

En vertu du droit local, les magasins n’ont le droit de lever le rideau que cinq dimanches par an en Alsace-Moselle. En cas d’extension du travail dominical à l’échelle du pays, êtes-vous pour que l’Alsace garde sa spécificité?

Je reste très attaché au principe du repos dominical, c’est-à-dire permettre aux travailleurs de consacrer un jour de leur semaine à leur famille, au sport, à la culture, à l'engagement associatif, à la liberté. La gauche a toujours dénoncé la remise en cause aveugle de ce principe. Je suis donc défavorable à un élargissement général des conditions d’ouverture des magasins le dimanche. Dans ce contexte, l’Alsace pourra bien sûr conserver sa spécificité.

Etes-vous favorable au maintien du Concordat qui garantit la liberté de culte en Alsace et en Moselle? Pourquoi?

Je ne remettrai pas en cause le régime concordataire, fruit de l’histoire de ce territoire français. Je l’ai d’ailleurs écrit à l’ensemble des représentants des cultes alsaciens-mosellans et tous les parlementaires socialistes des deux régions l’ont confirmé aux maires. C’est le 46e engagement sur les 60 que je prends devant les Françaises et les Français et que je mettrai en œuvre si je suis élu Président de la République le 6 mai prochain: «Je proposerai d’inscrire les principes fondamentaux de la loi de 1905 sur la laïcité dans la Constitution en insérant, à l’article 1er, un deuxième alinéa ainsi rédigé: la République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des Églises et de l’État, conformément au titre premier de la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace-Moselle».

En Alsace, des voix se lèvent pour que l’Islam intègre le Concordat. Quelle est votre position sur le sujet?

Je suis très attentif à ce qui se pratique en Alsace-Moselle dans le cadre du dialogue interreligieux, y compris avec les religions non concordataires, notamment l’Islam et le bouddhisme, car la République laïque se doit toujours de veiller à ce que ceux qui croient puissent pratiquer leur religion dans un esprit de concorde, de tolérance et de compréhension mutuelle. C’est la force de la laïcité, non seulement de respecter la liberté de conscience et de croyance, mais aussi de garantir son plein épanouissement. Ceci étant, l’extension du Concordat à l’Islam ou à d’autres religions se heurte au fait que le Concordat est un Traité conclu en 1802 entre l’État français et le Vatican et qu’il n’est pas possible aujourd’hui de le renégocier. Il n’y a d’ailleurs pas, à ma connaissance, de véritable demande de la part de ces autres religions à être intégrées dans ce dispositif.

En cas d’élection, fermerez-vous la centrale de Fessenheim, doyenne du parc nucléaire français? Si oui, pour quelle raison principale et à quelle date? Si non, pourquoi?

Je me suis engagé dans mon programme à rééquilibrer notre "mix énergétique", afin de rendre la France moins dépendante du nucléaire et d'offrir des perspectives à la filière des énergies renouvelables, en particulier. Ainsi, je propose de faire passer la part de l'électricité d'origine nucléaire de 75% à 50% à l’horizon 2025. Cet objectif se double d'un effort accru quant à la sûreté de cette énergie, après l'accident de Fukushima qui nous a démontré qu'il fallait envisager en la matière toutes les combinaisons de facteurs. Or les Alsaciens savent qu'ils habitent dans une région parmi les plus exposées au risque sismique de notre pays; de plus la centrale est construite sous le niveau du Grand Canal d'Alsace. De ce fait, j'ai clairement annoncé la fermeture de Fessenheim si je suis élu. Mais j'ai un projet pour tous ceux qui travaillent sur ce site, parfois depuis longtemps; à ces chaudronniers-tuyauteurs,  ces mécaniciens-robinétiers, ces soudeurs, ces techniciens, ces ingénieurs, je dis que Fessenheim peut devenir un projet-modèle de démantèlement. Leur savoir-faire sera utile et valorisé non seulement ici, mais aussi l'étranger dans les pays qui ont décidé de stopper leur production nucléaire - à commencer par notre voisin allemand!

En décembre, les élus des Conseils Généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont voté avec leurs homologues du Conseil Régional d’Alsace la fusion de leurs trois collectivités en un Conseil d’Alsace. Ils aspirent à créer cette collectivité unique en 2014. Etes-vous favorable à sa création? Si tel est ou non le cas, pourquoi?

Fidèle à l’esprit de la décentralisation, je défends la libre administration des collectivités territoriales et les initiatives locales. L’alternance n’empêchera donc pas de travailler sur ce projet. Je fais confiance aux élus locaux, ils ont engagé cette procédure, l’État accompagnera la volonté des alsaciens.

Le siège strasbourgeois du Parlement européen est remis en cause par les partisans d’un siège unique à Bruxelles. Vous engagez-vous à défendre le statut de capitale européenne de Strasbourg? Quels moyens utiliserez-vous pour assurer sa pérennité?  

La «bataille du siège» ne date pas d'hier! Il s'agit d'un dossier de long terme, mais qui connaît des rebondissements de plus en plus rapprochés à mesure que l'activisme des «anti-Strasbourg» va crescendo, et que le symbole de Strasbourg comme trait d'union entre les ennemis d'hier se fait moins marquant pour les nouvelles générations de député-e-s.

En France la position était assez consensuelle. Mais le Gouvernement actuel, au travers de certaines décisions, fait en quelque sorte le «service minimum». Changer cinq fois en cinq ans de ministre aux affaires européennes n'a pas permis un dialogue direct et de confiance avec les membres du Parlement européen. Surtout, l'État vient d'amputer d'un tiers sa contribution à l'enveloppe financière visant à répondre aux problèmes d'accessibilité et d'accueil à Strasbourg. C’est pourtant un enjeu pour la France en Europe et pour l’activité et l’attractivité de Strasbourg et sa région.

Je propose de répondre de façon méthodique: d'abord, traiter les tracasseries logistiques, notamment en termes de transport, qui sont à la source de la plupart des griefs. Mais surtout je souhaite mettre en avant la dimension politique: le Parlement européen une institution majeure dans le fonctionnement de l'Union; je me suis engagé à lui donner toute sa place, en lien avec les parlements nationaux. Oui, je crois que le Parlement européen peut être plus fort et plus indépendant, comme défenseur de l'Europe des citoyens, à Strasbourg. Et à ce titre, il pourrait créer des synergies nouvelles avec le Conseil de l'Europe, et la Cour européenne des Droits de l'Homme qui est rattachée à ce dernier: c'est justement le projet porté par la municipalité de Roland Ries, «Strasbourg, capitale de l'Europe, des Droits de l'Homme, et de la Démocratie»