La poupée séduit les adultes

Philippe WendlingPhotos : Gilles Varela

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Les poupées de Thierry Reverdi sont réalisées en silicone et en mousse pour faciliter leur manipulation. Elles pèsent moins de 45 kg pour 1,65 m.
Les poupées de Thierry Reverdi sont réalisées en silicone et en mousse pour faciliter leur manipulation. Elles pèsent moins de 45 kg pour 1,65 m. —

Al'aide d'un papier de verre, Boris s'applique à arrondir un bout de mousse. « Je sculpte les seins du master de notre prochain modèle », lâche-t-il. « Il réalise la base depuis six mois », pointe Thierry Reverdi, son patron. Dans un entrepôt à Duppigheim, l'homme produit, depuis six ans, des poupées réalistes pour adultes. Cléa, Tania, Swan, Soria et Julia mesurent 1,65 m pour 35 à 45 kg, « pas plus afin que les utilisateurs puissent les manipuler facilement, précise le dirigeant de Dreamdolls création. Elles sont équipées d'un squelette articulé en métal, d'un corps en silicone et en mousse » coulé dans des moules gardés secrets pour « ne pas donner d'infos à la concurrence. Beaucoup veulent nous copier », lance Thierry Reverdi, qui place sa société dans le top 4 du marché mondial.

Des commandes en hausse
Suite de la visite. Guillaume fait une beauté à une « Cléa » : peinture des ongles, des cils, des lèvres : « Le maquillage prend dix heures. » À ses côtés, une seringue de silicone à la main, une collègue « remplit des bulles d'air apparues au moulage ». Rien n'est laissé au hasard. « Les poupées ne doivent pas être trop réalistes pour ne pas ressembler à des cadavres, tout en étant anatomiquement proches du réel afin d'être attirantes », pointe Boris. « Ils peuvent choisir entre quatre couleurs de peau et autant de poitrines. Les Allemands aiment les gros seins, les Français les petits et les moyens », note Thierry Reverdi, qui s'amuse à raconter qu'un douanier a pris « deux de ses poupées pour des femmes lorsqu'un client les a assises à l'arrière de sa voiture pour passer la frontière suisse ».
Le souci d'authenticité est poussé jusque dans les parties intimes « pour offrir une sensation identique à la réalité, poursuit-il. Mais les gens n'achètent pas une poupée comme un sex-toy. C'est un coup de cœur. Ils vivent avec, créent une relation. Un septuagénaire, par exemple, en a choisi une après le décès de sa femme. Il lui met ses habits. ça lui fait une présence. Si ce n'était que pour le sexe, nos clients iraient voir des prostituées, ça leur reviendrait moins cher. »
Ses poupées, fabriquées artisanalement en trois jours, coûtent de 3 500 à 6 000 €. Et pourtant, son entreprise ne connaît pas la crise. « En moyenne, on en vend 200 par an. Depuis début 2012, les commandes ont augmenté de 30 % et on discute avec une société qui en veut mille pour faire de la location en Angleterre », détaille Thierry Reverdi. Résultat, son équipe passera de sept à huit collaborateurs, ses locaux vont doubler de superficie. Il compte ouvrir un atelier en Asie, s'attaquer aux Etats-Unis… La raison du succès ? « En temps de crise, les gens ont besoin de se changer les idées. Le sexe leur permet de le faire, analyse-t-il. Et puis, il y a de plus en plus de célibataires, dont certains qui n'arrivent pas à aller vers les autres. Les poupées sont une solution. Qu'on les aime ou pas, elles ne laissent personne indifférent. »