Un clan familial barbare à la barre

À Colmar, Philippe Wendling

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C'est « un dossier touffu », dixit la présidente de la cour, qu'étudient depuis hier les assises du Haut-Rhin. Gérard Ehret, Edmond Welcker son fils de 25 ans, et Bernard Boulanger, un proche, comparaissent pour l'assassinat de Sylvie Mutschler. A leur côté, sept hommes et femmes, membres du « clan Ehret », sont poursuivis entre autres pour extorsion et séquestration.

Quatre années de séquestration
Le corps de Sylvie Mutschler, une « handicapée de 32 ans », avait été repêché dans le Grand canal d'Alsace à Rosenau, le 29 juillet 2008. Il présentait des « lésions importantes ». Bernard Boulanger s'était présenté trois jours plus tard à la gendarmerie pour signaler la disparition d'une amie. Face à ses contradictions, les enquêteurs avaient fait le rapprochement avec la découverte de Sylvie. L'individu, âgé de 59 ans aujourd'hui, avait été mis en examen. Ses coaccusés avaient été arrêtés un mois après.
Il apparaît que la victime et son mari Daniel Eckert ont été enlevés en 2004 par Gérard Ehret et ses proches, puis séquestrés jusqu'en 2008 dans la Meuse, à Mulhouse et ses environs. Sylvie a été frappée, son époux « contraint de boire son urine », de faire la manche au profit de ses bourreaux. Ils ont été spoliés de leurs pensions. « Daniel Eckert a encore peur qu'ils s'en prennent à lui », pointe son avocat Jean-Marc Fuchs. Selon le dossier d'instruction, le « clan Ehret » n'en était pas à son coup d'essai et utilisait un même « mode opératoire depuis des années : cibler une personne vulnérable, la séquestrer, l'obliger à mendier (...), user de violences et de menaces de mort pour l'asservir ».

Les accusés se rejettent les torts
Tatouages, forte carrure, Gérard Ehret, 53 ans, en impose. « Violent, manipulateur », il est « le patriarche d'une famille à l'organisation clanique ». « Il reconnaît la séquestration de Sylvie Mutschler et des coups, précise son défenseur Ange Pujoli. Il était sur place au moment de sa mort, mais il ne l'a pas commis. » Bernard Boulanger « n'était pas à même de réfléchir à ce type de projet », souligne son avocat Charles-Henri Wolber, pointant une « absence totale de discernement » chez son client et le fait qu'il a « lui-même été séquestré » par Ehret dans les années 1990. Selon lui, « les instigateurs de l'assassinat sont Ehret et Welcker. Boulanger avait peur de se faire buter. » Pour Delphine Gilbert, le conseil de la sœur de Sylvie Mutschler, « il est temps que tous assument leurs responsabilités et arrêtent de se rejeter la balle. On attend des explications sur les conditions de sa séquestration et de sa mort. » Celle-ci aurait été préméditée car le mari de la victime avait réussi à s'enfuir en avril 2008 et risquait de parler à la police. Sylvie aurait été battue dans le garage du domicile de Welcker avant d'être noyée dans le canal. Quand, comment ? Réponses et verdict le 10 février. Ehret, Welcker et Boulanger encourent la réclusion à perpétuité, les autres accusés jusqu'à 30 ans de prison.