« Je ne sais pas si je resterai en France »

Arnaud Guiguitant

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Mouctar Bah, hier au Patio, ignore s'il pourra travailler en France après la fin de ses études.
Mouctar Bah, hier au Patio, ignore s'il pourra travailler en France après la fin de ses études. — G. Varela / 20 Minutes

Sur le campus de l'Université de Strasbourg, la circulaire Guéant alimente toutes les discussions. Destinée à durcir l'obtention des permis de travail délivrés aux étudiants étrangers, elle inquiète plus particulièrement ceux dont le cursus se termine cette année. Mouctar Bah, 28 ans, élève de Master 2 en démographie, craint ainsi de devoir regagner sa Guinée natale, trois ans après l'avoir quittée pour étudier à Strasbourg. « Je ne sais pas ce que je vais faire, confie-t-il, préoccupé. Mon souhait est d'avoir une première expérience professionnelle en France. Mais vu la situation, je m'inquiète pour mon avenir. » Difficile pour lui de retourner à Conakry, la capitale : « Il y a de l'insécurité et trop d'instabilité », dit-il.

Le retrait pour l'Afges
Détenteur d'une carte de séjour qu'il renouvelle tous les mois de « novembre » après avoir justifié d'au moins « 4 000 € de ressources », il espère un plus grand assouplissement de la circulaire et vante le mérite au travail. « C'est aux entreprises de décider. Si elles sont prêtes à recruter des étudiants étrangers, c'est qu'elles voient en eux de la valeur. Pourquoi je ne ferais pas bénéficier le pays qui m'a formé de mes compétences ? », demande Mouctar.
Une fois sa formation pour devenir « chargé d'études » terminée, il ignore combien de temps il pourra rester en France. « Si je n'ai pas trouvé d'emploi, est-ce que je risque d'être sorti du territoire ? Tout ça m'inquiète », répond-il. « Le cas échéant, poursuit l'étudiant, je rentrerai chez moi ou je réfléchirai à d'autres pays francophones pour travailler. »
Assouplie mi-décembre pour les « étudiants à fort potentiel », la circulaire Guéant a été vivement critiquée. A l'Université de Strasbourg, qui compte près de 10 000 étudiants étrangers, l'Afges réclame des « mesures rapides » afin qu'elle soit retirée. « Les étudiants internationaux contribuent à l'enrichissement et au rayonnement international de notre université », a déclaré hier Alexandre Schohn, le vice-président de l'association étudiante.