du gang des Lyonnais

Philippe Wendling

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La cour de l'hôtel des postes, avenue de la Marseillaise.
La cour de l'hôtel des postes, avenue de la Marseillaise. — G. Varela / 20 Minutes

Mercredi 30 juin 1971, 9 h, un fourgon transfère huit sacs de billets de la Banque de France, place Broglie, à la poste, avenue de la Marseillaise. Grimés, vêtus en ouvriers, cinq hommes braquent les postiers avant de se volatiliser avec 11,68 millions de francs, 13 millions d'euros actuels. Trois complices les attendent à l'extérieur. Pour les rejoindre, ils empruntent une porte condamnée, dont ils avaient changé la serrure peu de jours auparavant. A la poste, pointe une porte-parole, les mesures de sécurité ont depuis été « bien renforcées ».
« Cette affaire a été préparée avec tant de minutie que nous avons peu de chance d'avancer rapidement », lâchait alors, en visionnaire, le commissaire Pescataing. Le casse n'est toujours pas officiellement résolu. Si dès 1972, ses auteurs sont identifiés, aucune preuve ne sera jamais établie. Ils se nomment Chavel, Vidal… et forment le fameux gang des Lyonnais, auquel Olivier Marchal dédie un film, dans les salles ce matin.

« Le hold-up du siècle »
« Le lendemain, les journaux titraient : “Le hold-up du siècle”. Dans la ville, on ne parlait que de ça », se souvient Jacques, un Strasbourgeois de 68 ans. « Il y avait à la fois une forme d'excitation de savoir que cela s'était passé ici et en même temps de peur, poursuit Alain, 70 ans. Strasbourg était calme, alors un truc pareil, ça chamboule. » Pour Bernard, 62 ans, « ça a surtout été un feuilleton. On s'attendait à des arrestations, mais rien. C'est exceptionnel. »
Plus important hold-up jamais commis à Strasbourg, « il est aussi le plus gros coup du gang des Lyonnais, pointe Richard Schittly, qui vient de lui consacrer un ouvrage (éd. La manufacture de livres). L'Alsace a été importante pour le gang. A Strasbourg, ses membres sont au sommet de leur “art”. Après un an de préparation, tout c'est passé en 5 mn, sans un coup de feu, façon commando. Ils ont même aménagé un camion-citerne pour regagner Lyon. » Et ils ne se sont pas arrêtés là dans la région. Certains auraient braqué la poste de Mulhouse, le 28 octobre 1972 : 11,7 millions de francs. Cette fois encore, faute de preuves, aucun n'a jamais été traduit en justice.