Strasbourg

Schutzenberger : Chronologie d'une fermeture annoncée

Retour sur les six mois qui ont précédé la liquidation judiciaire de la brasserie alsacienne

Fondée en 1740, l’entreprise Schutzenberger s’installe à Schiltigheim en 1866 et compte, en octobre 2005, 69 salariés. La crise des brasseurs entraîne une baisse du chiffre d’affaires de la société familiale : en cinq ans, la production a chuté de 200.000 à seulement 80.000 hectolitres par an, alors que le chiffre d’affaire passe de 15 millions à 10 millions d’euros. Suit une lutte de plusieurs mois pour éviter l’inévitable : la liquidation judiciaire, décidée le 19 avril 2006 par le Tribunal de grande instance de Strasbourg. Retour sur six mois de lutte

24 octobre 2005 : Schutzenberger, dernière grande brasserie indépendante de la Communauté urbaine de Strasbourg, est en difficulté. L’entreprise familiale possède une usine de fabrication de bière et, en co-propriété, « Le Schutz ». Situé au coeur de Strasbourg, ce bar-restaurant est l’ancien « Palais de la bière ». Il a été entièrement rénové par l’architecte Jean Nouvel. Ouvert fin 1999, il est aujourd’hui en redressement judiciaire. La brasserie de Schiltigheim souffre quant à elle d’une concurrence accrue des grands brasseurs, dans un contexte économique tendu où le marché de la bière est en récession. Pour faire face, un partenariat industriel avec d’autres brasseurs serait envisagé. Néanmoins, Marie-Lorraine Muller, PDG de Schutzenberger, refuse de vendre, même si les propositions sont légion.

31 octobre 2005 : le tribunal de grande instance de Strasbourg propose un redressement judiciaire. Une façon de rebondir pour la direction de Schutzenberger, un moyen de « jeter l’éponge », selon les syndicats. Deux administrateurs judiciaires sont nommés. En cinq ans, la production de bière a chuté de 200 000 à 80 000 hectolitres par an. Et le chiffre d’affaires annuel a fondu, passant de quinze à dix millions d’euros. Schutzenberger approvisionne 250 débits de boisson de Strasbourg et des environs et réalise 6 % des ventes de bière en Alsace et 2 % en France.

16 janvier 2006 : le tribunal de grande instance de Strasbourg prolonge jusqu’au 27 mars la mise en redressement judiciaire de Schutzenberger et décide de confier aux administrateurs judiciaires la gestion du site. Un répit pour les soixante-neuf employés de la brasserie de Schiltigheim, dont la moitié manifestent devant le palais de justice durant l’audience. D’après les administrateurs judiciaires, huit repreneurs potentiels, parmi lesquels quatre brasseurs, se sont fait connaître. En revanche, il n’y a plus d’espoir pour les dix-sept employés du Schutz, le bar branché du centre-ville qui se voulait la vitrine du groupe. Le tribunal prononce sa liquidation judiciaire.

27 mars 2006 : le tribunal de grande instance de Strasbourg prolonge encore la mise en redressement judiciaire de Schutzenberger. Lendemain, les salariés du groupe décident la grève illimitée.

28 mars 2006 : La majorité des salariés de Schutzenberger, ne reprend pas le travail pour protester contre les décisions du tribunal et pour négocier un plan social avec la direction, une quarantaine de salariés sur les 69 pouvant être licenciés. Le TGI doit trancher, le 10 avril 2006, entre la mise en liquidation judiciaire, le plan de continuation proposé par la PDG actuelle, et l'un des quatre projets de reprise déposés.

10 avril 2006 : un nouveau délai est décidé. La chambre commerciale du tribunal de grande instance met en délibéré au 19 avril sa décision sur l'avenir de la brasserie. Au cours d'une audience longue et technique, les quatre repreneurs potentiels exposent leur plan de reprise. Le projet présenté par le groupe Soprema et l'entrepreneur Daniel Irion a les faveurs des salariés : il prévoit le maintien de 39 employés sur 69 et s'engage à conserver l'activité brassicole de Schutzenberger, en mettant sur la table, dans un premier temps, 400 000€, puis 1,2 million d'euros pour les deux années à venir

19 avril 2006 : la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg se prononce enfin : la mise en liquidation judiciaire est décidée, ce qui entraîne stupeur et incompréhension dans les rangs des salariés. Au cours d'une précédente audience, le ministère public semblait pourtant pencher en faveur de la reprise de Schutzenberger par le groupe Soprema et l'entrepreneur Daniel Irion. A l'issue de l'audience, Marie-Lorraine Muller, PDG de la brasserie, a décidé de faire appel.