Ils ne battent pas en retraite

Arnaud Guiguitant

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Pierrette, 73 ans : « Chauffage, gaz, tout augmente plus vite que les retraites. »
Pierrette, 73 ans : « Chauffage, gaz, tout augmente plus vite que les retraites. » — G. Varela / 20 Minutes

Avec une pension de retraite d'à peine « 2 000 euros par mois pour deux », Marie-Joseph Lehmann, 65 ans, et son mari ne flambent pas. Locataires d'un trois-pièces en HLM à Schiltigheim pour lequel ils paient un loyer « raisonnable » de 435 euros, ils veillent à ne pas trop dépenser, quitte à se priver sur certains plaisirs. « On va moins au restaurant parce que ça revient trop cher. On fait aussi attention aux prix des produits courants, on choisit le médecin en fonction de son tarif. C'est devenu difficile. Si nos pensions étaient plus élevées, on profiterait plus de notre retraite », explique cette ex-employée de halte-garderie.

« A la fin du mois, il ne reste

pas grand-chose »
Comme Marie-Joseph, ils étaient une centaine de seniors, hier place Broglie, à protester contre la baisse du pouvoir d'achat et l'incertitude qui pèse sur le financement du projet sur l'autonomie. « En Alsace, un retraité sur trois perçoit moins de 900 euros par mois. Il faut une augmentation des pensions, qui soient réindexées sur les salaires moyens et non plus sur le coût de la vie », a revendiqué, au nom de cinq syndicats, Albert Mann, responsable de la branche retraite de la CGT. Dans le cortège, Christiane, 69 ans, juge insuffisante l'augmentation annuelle de « 0,9 ou 1 % » des pensions. Pas de quoi rouler sur l'or, surtout quand on gagne moins de 1 000 euros par mois. « Une fois que l'on a fini de payer les traites de la maison, le gaz, l'électricité, la mutuelle, les impôts, il ne reste plus grand-chose », regrette-t-elle. Habitante de Scherwiller, Christiane doit donc se débrouiller. En cultivant son potager, elle réalise quelques économies sur l'achat de fruits et légumes, « trop chers en supermarché ».
Autres sujets d'inquiétude, la santé et la dépendance. « Vu la faiblesse de nos pensions, on ne pourrait pas aller en maison de retraite, renchérit Marie-Joseph. À Schiltigheim, la moins chère doit coûter 1 800 euros par mois ! Avec mon mari, on veille donc l'un sur l'autre pour qu'en cas de pépin, on puisse s'entraider. » Et d'apporter une solution aux problèmes des financements : « Pourquoi ne pas réinstaurer la vignette auto, propose-t-elle. Il faudra bien trouver de l'argent quelque part, sinon ce sont les plus jeunes qui payeront. »