CPE: Deux mois de mobilisation à Strasbourg

Retour sur deux mois de mobilisation fluctuante

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Janvier

31
: La contestation prend forme. Plusieurs organisations locales étudiantes, lycéennes et de jeunesse, réunies sous la bannière du Collectif 67, annoncent le début d'une campagne de mobilisation contre le contrat première embauche (CPE). Le collectif prévoit entre autres des interventions dans les amphis et des distributions de tracts et campagne d'affichage.

Février

2 : entre 1000 et 1500 personnes défilent le matin dans les rues de Strasbourg, à l'appel des syndicats – à l'exception notamment de FO – pour faire monter la pression avant la manifestation du 7 février. Des employés de la métallurgie, de l'agroalimentaire et de la recherche s’ajoutent au cortège. Les enseignants sont les plus nombreux. Au total, 14,40 % des personnels de l'éducation de l'académie font grève, selon le rectorat.

7 : la manifestation réunit 2 300 manifestants, selon les chiffres de la police. Des syndicats de travailleurs, tels que la CFTC, la CGT, FO et Sud, défilent également aux côtés des lycéens et des étudiants, tout comme plusieurs syndicats d'enseignants. Une mobilisation saluée par Gaspard Glanz, le représentant du Bas-Rhin de l'Union nationale lycéenne (UNL). Aucun accident n’est à déplorer. Thomas Risser, secrétaire général de l'Unef, principal syndicat étudiant, est plus partagé et envisage d’effectuer, dans les jours suivants, des distributions de tracts dans les trois universités de Strasbourg et d’intervenir dans les amphis.

16 : Alors que les étudiants rennais étaient 7 000 à manifester la veille contre le projet du gouvernement, ils ne sont qu'une dizaine à Strasbourg pour une opération devant le Medef. Pendant trente minutes, ces membres du collectif Stop-CPE miment une prise d'otage, symbolisant le chantage à l'emploi pratiqué par Matignon et le patronat. Le collectif Stop-CPE du Bas-Rhin (qui comprend l'Unef, Sud Etudiants, la CGT jeunes, la LCR, le Mouvement des jeunes communistes, le Mouvement des jeunes socialistes) et les syndicats lycéens UNL et FIDL prévoient une nouvelle manifestation le 7 mars.

Mars

1er : l’intersyndicale anti-CPE monte au créneau pour dénoncer le refus de la préfecture d’autoriser le trajet de la manifestation du 7 mars. Le rendez-vous est maintenu place Kléber.

7 : pas de chiffres concernant la manifestation.

13 : le président de l’université marc-Bloch

14 : Strasbourg II est toujours partiellement occupé mais les cours sont assurés, contrairement à la fac de lettres de Nancy II, bloquée jusqu’au 15. La grève et le blocage du campus de Saulcy de l'université de Metz sont reconduits.

15 : Des étudiants occupent une antenne Assédic

16 : 3 600 manifestants selon la police, 5 000 à 8 000 selon les organisateurs : les anti-CPE se rassurent devant la participation étudiante et lycéenne, lors du départ du cortège, place Kléber. Dans les rangs du cortège, dynamique et bon enfant, dansant et sautant au rythme de la sono, quelques adultes dont quelques dizaines de sympathisants de FO, seul syndicat à avoir appelé à la grève et à la manifestation.

17 : quelque 8 500 manifestants selon les organisateurs, 4 500 selon la police, dont une majorité de syndicats et de salariés, défilent et orientent la contestation vers un débat plus large : celui de la précarité en général.

22 : un étudiant de 19 ans meurt d'un arrêt cardiaque en début d'après-midi, à l'université Marc-Bloch. Il est 13 h 30 lorsqu'un autre étudiant aperçoit dans le Patio, hall jouxtant l'amphithéâtre où se tient au même moment l'assemblée générale organisée par les anti-CPE, un jeune homme inconscient, « pâle mais qui respire encore ». Des étudiants lui donnent les premiers secours, jusqu’à l’arrivée des pompiers et du Samu, 15 minutes plus tard. Les médecins du Samu tentent de le ranimer pendant 30 minutes, en vain, et constatent le décès. La direction de l'université fait alors sonner les sirènes d'alarme, pour évacuer les 150 personnes présentes.
Consternés, les étudiants se rassemblent devant le bâtiment, occupé sans interruption par les anti-CPE depuis une dizaine de jours. Une rumeur d'overdose circule. L'Université décide de fermer le Patio jusqu’au lendemain et annonce qu'une enquête de police sur les causes du décès de la victime était en cours. Réunis à 16 h 30 en AG au Palais universitaire, les étudiants ont observé une minute de silence.

23 : La manifestation anti-CPE a débuté par une minute de silence en mémoire de Mathieu, l'étudiant de 19 ans décédé la veille des suites d'un malaise dans le Patio occupé de l'université Marc-Bloch. Lorsque le cortège s'élance à 15h de la place Kléber, ils sont 1800 selon la police, 5000, selon les organisateurs. Après un court sit-in devant le Medef, étudiants et lycéens ont réclamé "un billet pour Paris" devant la gare, pour la mobilisation du 28 mars.
Peu avant le retour du cortège place Kléber, la police a interpellé trois personnes qui avaient agressé un membre du service d'ordre. Au moment de la dispersion, vers 16h30, un groupe d'une soixantaine de manifestants s'est dirigé vers l'ENA. Ne pouvant pénétrer à l'intérieur du bâtiment, ils ont accédé à la cour arrière du site vers 17h. "Ici sont formés les futurs gouvernants. C'est à la source qu'on vient chercher le dialogue", a expliqué l'un des participants. Il sont repartis au bout d'une heure. 

27: Les lycéens font monter d'un cran la tension. Dès 7h30, et pour la première fois depuis le début du mouvement, un lycée strasbourgeois est bloqué toute la journée par ses élèves. Si les portes principales sont bloquées par des barrières de chantier (que la police a retirées en début d'après-midi), les lycéens frondeurs laissent le personnel administratif et les élèves qui le désiraient rejoindre leurs salles de cours.

28 :  Bus et tram circulent presque normalement en début de journée sur le réseau CTS. Une situation qui ne laisse rien présager de la mobilisation de l’après-midi. Selon nos estimations, plus de 11 000 personnes manifestent dans les rues de la ville (8 500 selon la police et 15 000 selon les syndicats). Au moins deux fois plus que lors du défilé du 18 mars.
Bon enfant, le cortège a réuni toutes les générations.

31: Environ 200 lycéens bloquent, au matin, la circulation des tramways, dans le centre de Strasbourg, lors d'une sit-in, place de l'Homme de fer, d'une quarantaine de minutes. Les manifestants se  dispersent peu après midi pour rejoindre une assemblée générale à l'université Marc-Bloch (UMB, lettres, sciences humaines), sur le campus de l'Esplanade.
Plus tôt dans la matinée, un face-à-face tendu oppose des élèves du lycée international des Pontonniers à des lycéens anti-CPE d'un autre établissement.

Avril

2 :
Etudiants et lycéens sont tentés par la radicalisation du mouvement à Strasbourg. Dans la perspective de la manifestation du 4 avril, plusieurs diffusions de tracts sont organisées sur le campus. « Le problème, c'est qu'on parle encore de réunions d'information. On a trois semaines de retard sur les autres facs. Il faut plus d'opérations coups de poing », estime un étudiant occupant le Patio de l'université Marc-Bloch.
Côté lycéen, on ne croit pas à un enlisement de la contestation. « Cela va même prendre de l'ampleur », estime Arthur Krieg, membre du syndicat lycéen de l'UNL, qui pressent des «mobilisations spontanées des élèves, en attendant une présence nombreuse dans le cortège de demain ». Enfin, les syndicats de travailleurs espèrent convaincre les salariés de descendre dans la rue. « On souhaite un élargissement de l'action », déclare Claude Leclerc, secrétaire de l'UD-CGT du Bas-Rhin. Si le secteur de la métallurgie devrait répondre présent, les cheminots distribuent des tracts en gare de Strasbourg pour sensibiliser les voyageurs, alors que la base syndicale tente d'inciter les employés du privé à participer à la contestation du 4. 

4 : 7100 personnes selon la police, 20000 selon les syndicats manifestent dans le centre-ville pour réclamer le retrait du CPE. «C’est la onzième manif et on est même plus nombreux», note Gaspard Glanz, leader du syndicat lycéen UNL-Bas- Rhin. Pour Jérémy, étudiant, « le sentiment général est que le président de la République a voulu endormir tout le monde avec sa manip’, mais ça ne prendra pas ».
Même son de cloche chez les syndicats. Pour FO, la décision de promulguer mais de ne pas appliquer la loi entretient une confusion qui « sert à casser le mouvement et à sauver le soldat Villepin », estimeChristianWolff, secrétaire général de l’UD FO. La CGT espère, elle, que la pression de la rue restera suffisamment forte pour peser sur d’éventuelles discussions avec le gouvernement. « L’Alsacien est quelqu’un de pragmatique qui demande à voir. Mais on n’a pas le temps de voir venir», lâcheMichel Gattulli, secrétaire général de la CGT 67.
Parti de la place Kléber à 14h45, le cortège se disperse deux heures plus tard. Aucun incident majeur n’est signalé, mais, selon des témoins, une personne qui inscrivait sur le sol, à la craie, un slogan hostile à Sarkozy, a été embarquée pour un contrôle d’identité, provoquant l’ire de certains manifestants qui ont tenté de s’opposer à son interpellation. 

9 : Alors que le gouvernement doit annoncer quel avenir il réserve au CPE, les présidents des universités de l'Est de la France ont appelé samedi de leur côté à l'enterrer définitivement. Ils estiment qu'un tel geste politique permettrait de dénouer la crise avant le mois de mai, date des prochains examens. Des reports sont déjà envisagés si nécessaire, l'organisation des épreuves avant les vacances d'été demeurant une priorité.
Toutefois, le président de l'université Marc-Bloch de Strasbourg, François-Xavier Cuche, dont l'établissement est bloqué par les étudiants anti-CPE depuis sept semaines, prévient que « si la situation actuelle devait perdurer au mois de mai, cela signifierait que tout serait perdu pour tout le monde ». Enfin, à propos de l'impact négatif du mouvement anti-CPE sur l'image des universités, les présidents estiment que la situation dans laquelle leurs facultés se retrouvent «est injuste car nous avons tout fait pour les moderniser ».

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