L'Alsacien faiseur de talents

Tiphaine Réto

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v.wartner / 20 minutes

François Florent est un personnage. Sa vie, une saga peuplée d'anecdotes, de rebondissements et de héros qui tour à tour crèvent l'écran ou soufflent à l'homme ses inspirations. « On risque d'en avoir pour quelques heures si je raconte tout », rigole-t-il avant de ricocher d'une histoire à l'autre de sa jeunesse alsacienne.
Car avant de devenir le fondateur de l'école d'art dramatique qui porte son nom et d'être le professeur de Daniel Auteuil, Isabelle Adjani ou Denis Podalydès (pour n'en citer que trois sur la liste des grands noms de la scène à avoir fréquenté ses cours), François Florent a été François Eichholtzer. « J'ai changé de nom en arrivant à Paris, explique-t-il. Je me suis dit que Florent, qui était le prénom de mon grand-père, serait plus facile à retenir. Je n'osais pas le dire à mon père .»
Né à Mulhouse en 1937, l'homme a été Allemand parlant alsacien, a découvert le chocolat sur les chars de l'armée américaine et a appris le français en lisant les journaux. Il s'est rêvé pape « pour le faste », mais a vite été rattrapé par les feux de la rampe.

La passion de l'enseignement
Abonné au théâtre municipal, il occupe son adolescence à la chasse aux autographes, récoltant les signatures des plus grands avant de se décider à écrire lui-même sa vie sur les planches. « Je n'osais pas le dire à mon père. Je lui ai fait l'aveu dans une lettre postée d'Angleterre. » A son retour, il obtient d'entrer au Conservatoire de Mulhouse. « Au premier cours, en interprétant " Chatterton " de Vigny, j'ai joué tout ce que j'essaie de ne pas enseigner à mes élèves. » Il lui faudra encore quelques premiers prix entre Mulhouse et Strasbourg pour avoir le droit d'entrer à l'école parisienne de la rue Blanche, puis, au Conservatoire de Paris. « Mon père a eu cette phrase magnifique, se souvient-il : " Ah maintenant, les choses sont faites ! " »
Comédien, un brin cabotin, François Florent l'est toujours. Pourtant, il a depuis longtemps quitté la scène pour devenir un homme de l'ombre éblouissant. « Je revenais souvent rue Blanche pour faire répéter les autres élèves. Ça a fini par se savoir. » Le conservatoire municipal du 10e arrondissement de Paris vient d'ouvrir et on lui propose d'y assurer les cours de théâtre. « Je me suis récupéré tous les cancres du lycée Carnot, sourit-il. Francis Huster et Jacques Weber en tête ! » Le 7 janvier 1967, pour faire face à l'affluence d'étudiants, il loue une salle pour y installer sa classe. Le cours Florent était né, avec 28 élèves inscrits.

L'école accueille aujourd'hui 1200 étudiants tous les ans et tient l'affiche des grands instituts au métier d'art dramatique. « Pourquoi ça marche ? Sans doute parce que ça n'a jamais été pour moi un pis-aller d'enseigner. J'ai senti que ma place était là, à aider ces jeunes à dire davantage qui ils sont. Parce que, finalement, c'est pour ça qu'on fait du théâtre. » François Florent est un vrai personnage. Mais c'est lui qui, toujours, écrit les histoires.