La malle dans toutes ses dimensions

Philippe Wendling

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Quelque 400 malles et bagages, datant du XIXe siècle aux années 1960, ont été restaurés avant d'être présentés.
Quelque 400 malles et bagages, datant du XIXe siècle aux années 1960, ont été restaurés avant d'être présentés. — G. Varela / 20 Minutes

«Il s'agit à la fois d'une malle de pique-nique et d'une table de jeux. Une fois refermée, comme elle est recouverte d'un maroquin, c'est-à-dire de cuir, on jouait aux cartes dessus. Elle date du XIXe siècle et vient de Buenos Aires », explique Cécile, restauratrice de meubles anciens et guide d'un jour au Musée du bagage. Plus loin, Laura s'enthousiasme devant une pièce unique : une malle Vuitton de 1870 qui en s'ouvrant se transforme en lit de camp. « Un explorateur l'avait commandé parce qu'il cherchait à gagner en confort durant ses expéditions », précise cette autre bénévole du musée. Inauguré ce week-end à Haguenau, cet espace unique en Europe présente quelque 400 malles et autres bagages datant du XIXe siècle aux années 1960. « Ce lieu reflète bien le savoir-faire artisanal des malletiers d'antan », lâche un visiteur. « Il invite à voyager », estime une autre.

Des témoins de l'histoire du voyage
« Les malles jalonnent l'histoire du voyage, aime à raconter Jean-Philippe Rolland, l'initiateur du musée. Pour être posées à l'arrière des diligences elles étaient bombées, puis avec l'arrivée du train, au milieu du XIXe siècle, elles sont devenues droites pour ne pas tomber. Quelques années plus tard, elles ne mesuraient plus que 33 cm de haut pour pouvoir passer sous les lits dans les paquebots. Elles ont évolué jusque dans les années 1960 et la popularisation des voyages en avion qui ont mis fin à leur usage. » La réduction des temps de trajets et la multiplication des vols ont privilégié la valise, au détriment de malles plus lourdes et encombrantes. « Aujourd'hui, elles sont devenues des objets de déco », précise Jean-Philippe Rolland. Pour financer le musée, il en restaure et en revend certaines à des collectionneurs ou des particuliers. Les modèles dits Wardrobe, comprendre avec des tiroirs et une penderie, sont de plus en plus transformés en dressing.
Seul bémol du musée, son local : un entrepôt au milieu d'une zone industrielle. Jean-Philippe Rolland le reconnaît : « C'est un début, mais il est vrai que nous préférerions être dans un lieu historique. » Il ne désespère pas de convaincre la mairie de Haguenau ou une autre collectivité de la région de l'accueillir.