Évasions sportivespour les détenus

Anne Pflaum

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Des moniteurs et détenus en pleine partie d'ultimate, hier.
Des moniteurs et détenus en pleine partie d'ultimate, hier. — G. Varela / 20 minutes

Alors que de jeunes écoliers jouent d'un côté du stade, à l'opposé, chasubles bleu et rouge s'affrontent énergiquement dans un tournoi d'ultimate (frisbee). Dans le groupe, rien ne laisse entrevoir qui de ces sportifs est détenu ou moniteur de sport pénitentiaire. Le Centre de ressources, d'expertise et de performance sportive de Strasbourg (CREPS) accueille, hier et aujourd'hui, les olympiades interrégionales pénitentiaires. Une première en France, fruit d'un projet pilote expérimenté dans le Grand Est par l'administration pénitentiaire et la Fédération Française EPMM Sports Pour Tous. Les équipes en lice mêlent six détenus à 12 moniteurs de sport en prison. Un statut qui nécessite une expérience d'un an minimum en tant que surveillant, avant de suivre une formation particulière. « Avec nous, il n'y a pas la barrière de l'uniforme, remarque Jean-Luc, un des trois moniteurs que compte la maison d'arrêt de l'Elsau. On fait attention à ne pas tomber dans le copinage, généralement, cela se passe bien. » « Le sport est un réel outil de réinsertion, continue Julien Bau, chargé de mission à la Fédération. Cela permet d'introduire des activités plus ludiques que la musculation et le foot, pratiqués en prison. »

En sortie de peine
Pour être sélectionnés, les détenus ont dû prouver leurs aptitudes sportives et montrer patte blanche devant un juge d'application des peines, car une sortie de deux jours est extrêmement rare. « Tous sont à six mois maximum de leur libération, précise Éric, également moniteur à l'Elsau depuis un an. En milieu de peine, cela provoquerait assurément le coup de blues. »
Plus qu'une rencontre sportive, ces olympiades sont une sorte de sas avant de retrouver la vraie vie. « L'incarcération, c'est un monde dans un monde, confie Yassine, 26 ans. On n'a plus les mêmes codes et on perd le contact avec la réalité. Détenu depuis 4 ans et demi, Yassine prépare sa sortie pour le 19 juillet. « Ces moments sont comme un avant-goût de liberté. C'est flippant, mais ça donne envie, et surtout, ça permet de garder le bon objectif pour la suite. »