Un labo dédié à l'ADN ancien

Philippe Wendling

— 

Des hommes originaires du Moyen Orient vivaient en Aveyron au IVe millénaire avant notre ère. Révélée mercredi, la découverte fait suite à l'analyse, par le laboratoire d'anthropologie moléculaire de l'Université de Strasbourg, de l'ADN provenant de dents conservées au Musée d'histoire naturelle de Toulouse. Rattaché à l'institut de médecine légale strasbourgeois, le laboratoire, qui compte une dizaine de chercheurs et techniciens, « est l'unique en France à travailler sur de l'ADN humain ancien, c'est-à-dire datant de plusieurs centaines ou milliers d'années. Nous utilisons les mêmes techniques que celles appliquées en criminalistique », explique Christine Keyser, l'une de ses responsables, également experte judiciaire près la Cour d'appel de Colmar et maître de conférence en génétique. Parmi les finalités de la discipline : identifier des lignées familiales et des mouvements migratoires, faire des comparaisons avec des populations actuelles, ou bien encore mesurer l'incidence de pathologies sur l'homme.

Des projets en Alsace
« Nous avons surtout analysé des restes retrouvés en Sibérie, en Mongolie, où le froid et la glace facilitent leur conservation, précise Christine Keyser. La difficulté de la discipline réside dans le fait que l'ADN se dégrade facilement en fonction du climat. » La chaleur, des changements brusques de météo ou la forte présence d'eau réduisent considérablement les chances de trouver des molécules exploitables. L'Alsace, en raison de ses étés caniculaires, malgré des hivers rigoureux, n'est donc pas un terrain des plus propices. Le laboratoire d'anthropologie moléculaire ne désespère pour autant pas de pouvoir plancher, par exemple, sur des ossements du néolithique mis au jour dans le Kochersberg, l'an passé, dans le cadre de la réalisation de la ligne du TGV-Est. Des discussions sont en cours.
A la suite de fouilles préventives à un projet immobilier, « nous travaillons déjà avec le Pôle d'archéologie interdépartemental rhénan sur une nécropole mérovingienne découverte à Roeschwoog, poursuit Christine Keyser. Il s'agit d'un test portant sur une vingtaine d'individus. » Les résultats devraient être bientôt publiés. En cas de conclusions positives, des recherches plus vastes pourraient être lancées.