Saisies de déchets à l'export

Philippe WENDLINGPhotos : Gilles Varela

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Par sécurité, des spécialistes des risques chimiques et un chien détecteur d'explosif ont inspecté les conteneurs.Deux conteneurs transportant des pièces auto et des pneus usagés non revalorisés ont été découverts, hier.
Par sécurité, des spécialistes des risques chimiques et un chien détecteur d'explosif ont inspecté les conteneurs.Deux conteneurs transportant des pièces auto et des pneus usagés non revalorisés ont été découverts, hier. —

Détecteurs d'irradiations, contaminamètres, masques à oxygène... Il était 9  h, hier, rue de Saint-Nazaire, au port autonome. Envoyée en éclaireur, la Cellule nationale nucléaire radiologique bactériologique et chimique inspecte minutieusement la coque de cinq conteneurs désignés par la douane et la gendarmerie, en raison de documents d'enregistrement suspects. « On part du principe qu'il y a toujours une part de risques », comprendre d'émanations de gaz toxique, pointe le capitaine Didier, responsable de la cellule. Inspection extérieure terminée, rien à signaler. Ordre est donné d'ouvrir les caissons. Même précautions d'usages.

Deux conteneurs illicites
Au milieu de la quarantaine de représentants des forces de l'ordre, un officier lâche : « C'est bon ! On a visé juste. » Sur les cinq conteneurs, l'un présente un problème de papiers, deux autres servent à l'exportation de déchets, une pratique illicite contre laquelle l'opération d'hier a été montée. « D'après la déclaration, celui-ci devrait contenir des effets personnels à destination du Cameroun. Il est plein de pneus usagés », commente Yves Gusinsky de l'Office central de lutte aux atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP). Devant une seconde caisse dégueulant de pare-chocs, pistons et autres ustensiles, l'enquêteur peste. « Ils n'ont pas le droit de mettre ça en vrac. Rien n'est trié, conditionné. Ce ne sont pas des pièces revalorisées destinées à la vente, mais bien des déchets. » Leur direction : le Maroc.
« Le coût de retraitement des déchets, qui est obligatoire, est onéreux. De plus en plus de sociétés tentent donc de les envoyer en Asie et en Afrique où ils sont enterrés, laissés à l'air libre ou transformés, ce qui pose des problèmes de sécurité et de santé », déplore le colonel Jean-Louis Monteil de l'OCLAESP. Les infractions seraient d'autant plus fréquentes que les sanctions encourues (2 ans de prison et 75 000 € d'amende) sont minimes par rapport aux bénéfices. « Il existe donc un véritable trafic des déchets à l'export », confirme le colonel Monteil. Strasbourg en serait une plaque tournante ? Impossible à dire. « Habituellement, nos actions portent sur des déchets qui entrent en France, précise Estelle Rocklin, chef divisionnaire des douanes à Strasbourg. L'opération [d'hier] est la première que nous menons dans le cadre des exportations. »