Deimos, le dénicheur de cadavres

Philippe Wendling

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Deimos et sa maîtresse, hier, à Grendelbruch. Le Malinois est dressé depuis deux ans à la recherche de restes humains.
Deimos et sa maîtresse, hier, à Grendelbruch. Le Malinois est dressé depuis deux ans à la recherche de restes humains. — G. Varela / 20 Minutes

«Nous recherchons le corps d'une personne qui serait morte il y a dix-sept mois, lance Hervé Bigorne, responsable opérationnel à la Protection civile. Selon nos informations, l'abri de jardin n'existait pas à l'époque. Derrière la maison, une surface d'environ 20 m2 a aussi été recouverte de graviers. Enfin, d'après un témoin, des travaux à la pelle ont été effectués à l'entrée de la maison. » Sur les hauteurs de Grendelbruch, un peu avant 11 h, hier, Amélie Heinis et son chien Deimos du Foxène s'activent pour retrouver la dépouille.

Crimes, séismes, disparitions...
Truffe au sol, le Berger malinois ratisse le périmètre. « Allez, cherche ! » Le duo est concentré. Deimos passe et repasse sous le cabanon de jardin. Puis se pose. « D'après mon chien, il y a quelque chose, lâche Amélie. Je ne peux pas dire où au millimètre près, car l'odeur s'est diffusée dans la terre. Mais c'est là, c'est sûr. » Bingo ! Le flair du chien n'a pas failli. Petite nuance, pas de cadavre mais un coton imbibé « de jus de macération » d'une personne décédée il y a dix-sept mois. « Nous l'avons enterré exprès pour cet exercice il y a cinq mois dans ce jardin qui appartient à l'un de nos membres, précise Hervé Bigorne. Quand nous entraînons Deimos, il faut que les conditions soient les plus proches possible de la réalité. » Depuis qu'il a deux mois, le Malinois, âgé de 2 ans et demi, est dressé à la recherche de restes humains. « Je l'entraîne au moins deux à trois fois par semaine avec des odeurs de référence », comprendre des émanations de corps, souligne Amélie Heinis.
A travers tout le pays, police et gendarmerie disposeraient de moins d'une dizaine de chiens éduqués pour cette spécialité. La Protection civile du Bas-Rhin est la seule association française à en posséder un. Habitués à seconder les forces de l'ordre dans des opérations de déblaiement ou de recherches de disparus, ses membres bénévoles en ont eu l'idée il y a quatre ans. « Il a alors fallu trouver le bon chien, car tous ne supportent pas l'odeur d'un cadavre, précise François Schwendemann, le référent cynophile de la Protection civile. Avant de le dresser, on a donc mis Deimos en présence d'un corps » découvert à Seltz, en 2009. Maintenant éduqué, le chien est à la disposition de la justice et des forces de l'ordre en cas de besoins : crimes, séismes, disparitions... L'an passé, il a, pour la première fois, été réquisitionné pour retrouver les restes d'un braqueur assassiné et enterré par un complice au Port-du-Rhin. Mauvaise pioche. Le corps ne se trouvait pas dans la zone délimitée par la police... mais un peu plus loin.