Pas de sushis pour le marché de Noël à Tokyo

à Tokyo, Philippe Wendling

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Friands des produits traditionnels alsaciens, les Japonais ont jusqu'au 25 décembre pour profiter du marché de Noël installé à Tokyo.
Friands des produits traditionnels alsaciens, les Japonais ont jusqu'au 25 décembre pour profiter du marché de Noël installé à Tokyo. — P. Wendling / 20 Minutes

Au milieu d'une vingtaine de stands et de chalets, un écran diffuse des scènes de vie strasbourgeoise : des touristes à la cathédrale, des usagers du tram prenant 20 Minutes... Attablés autour d'une tarte flambée, amusés, des visiteurs regardent les images. Plus loin, d'autres photographient une Alsacienne en costume. Rien de débridé. Ni churros, ni sushis. Excepté la température : 14 °C. Le deuxième marché de Noël organisé à Tokyo par l'office de tourisme de Strasbourg (OT) ressemble à ses grands frères alsaciens. Inauguré vendredi, il se tient jusqu'au 25 décembre, au Tokyo International Forum de Ginza, un quartier chic.
« J'espère que l'ambiance donnera envie aux Japonais de venir au marché de Noël authentique, celui de Strasbourg, lance Jean-Jacques Gsell, le président de l'OT. Des dizaines de milliers visitent déjà l'Alsace [30 000 en 2009]. L'objectif est qu'ils se transforment en centaine de milliers. » L'an dernier, la première édition avait attiré 622 000 personnes. Selon des indicateurs, la clientèle du pays du Soleil levant augmente.

Cigognes, vin et boules de Noël
« C'est la première fois que je bois du vin d'Alsace. L'atmosphère, les illuminations du marché, j'aime beaucoup », se réjouit Aki, une vendeuse de 28 ans. « Pour les Japonais, il rappelle les matsuri, des fêtes qu'ils font l'été. Elles sont moins commerciales, mais il y a un peu la même ambiance », explique Milène Wolf, une Alsacienne exilée à Tokyo. « La plupart ne connaissent pas l'Alsace mais apprécient le marché pour son côté kawai, mignon, poursuit Frederik Delsart, un autre expatrié. Certains ont une image magique de la région, car ils savent que le réalisateur Miyazaki s'est inspiré de Colmar pour son film d'animation Le Château ambulant. »
Eri, 31 ans, attendait « avec impatience le marché. J'étais à Strasbourg en avril », dit l'employée de bureau. Après deux vins chauds, elle lâche avoir « la nostalgie des cigognes ». L'échassier plaît. Il s'en vend des dizaines en peluches. « L'an passé, on en a recommandé en urgence après rupture de stock, idem pour la tarte flambée, la bière et les boules de Noël », se souvient Esther Miquel, coordinatrice du marché. Le vin aussi est plébiscité. « En 2009, mes 2 500 bouteilles ont été vendues, précise Sébastien Schwach, viticulteur à Hunawihr. Cette année, ils en ont commandé 3 000. » Qui ? Si une vingtaine d'Alsaciens proposent leurs produits sur le marché, aucun ne les vend directement. La loi impose qu'ils soient achetés et commercialisés par un importateur japonais. Point positif de ce protectionnisme, aucun risque pour les artisans. L'importateur, Naoki Haraguchi, ne s'inquiète pas plus. Il a pourtant dépensé 60 millions de yens (600 000 €) dans l'organisation du marché, l'achat et le transport des marchandises. Résultat, elles sont vendues trois à quatre fois leur prix d'achat. Un gewurztraminer vendanges tardives 2007 est affiché 56 €, un munster 13 €, un bonhomme de neige en bois 48 €. Malgré cela, les objets s'arrachent. Naoki Haraguchi table sur un bénéfice de 20 %. « C'est un investissement sur l'avenir. Le concept de Noël a tout pour se développer au Japon. Cette tradition autour de la naissance du Christ ne veut rien dire ici, mais c'est une façon de faire la fête. Des produits peuvent plaire. » Parmi eux, le pain d'épices, qu'il tenterait bien de vendre à l'année. Il augmentera aussi ses quantités au marché de Noël tokyoïte 2011, quasi programmé déjà.

en chiffres

600 000 euros, c'est le coût de l'organisation du marché. Il est couvert à hauteur de 120 000 € par l'office de tourisme strasbourgeois qui ne bénéficie cette année d'aucune subvention des collectivités alsaciennes mais d'aides d'entreprises. Le reste de la somme est pris en charge par des partenaires japonais et l'importateur des marchandises.1 000 paquets de bredeles alsaciens ont été vendus sur la manifestation ce samedi, en 10 heures, soit 1,6 par minute. 82 médias ont annoncé qu'ils allaient couvrir le marché tokyoïte, dont environ 70 asiatiques. L'émission « Envoyé spécial » sur France 2 devrait lui consacrer 4 minutes, jeudi, lors d'un reportage sur les festivités de Noël alsaciennes. Un sujet de 45 minutes sur Strasbourg a été diffusé vendredi sur NHK, la première télévision publique japonaise.0 cigarette. Il est formellement interdit de fumer sur le marché. Pour les accros au tabac, une salle dédiée, identique à celle des aéroports, a été aménagée.8 000 Français seraient expatriés au Japon. Hier, quelques-uns d'entre eux, dont 300 enfants, ont fêté Noël sur le marché. Le nombre d'Alsaciens n'est pas connu.13,01 millions de Japonais vivent à Tokyo. Ce niveau record a été atteint au 1er avril. Un chiffre en hausse de 0,5 % par rapport au même mois en 2009. Histoire de comparer, la CUS abrite 450 000 âmes, Strasbourg 272 000.4 jours sans bagage hier. Des artisans et membres de la délégation alsacienne n'ont toujours pas récupéré leurs bagages depuis leur arrivée à Tokyo. Les valises sont bloquées à l'aéroport Charles-de-Gaulle, à la suite des intempéries.