à la rue, de jour comme de nuit, été comme hiver

Sonia de Araujo

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Michal, 27 ans, et son chien Schnaps passeront la nuit du 25 décembre dehors.
Michal, 27 ans, et son chien Schnaps passeront la nuit du 25 décembre dehors. — G. Varela / 20 Minutes

Appeler plusieurs fois dans la journée le 115 pour trouver un toit où dormir. Un rituel pour beaucoup de sans-abri que Michal, 27 ans, ne pratique pas. Malgré les conseils de prévention des responsables des maraudes (voir encadré), ils sont, à Strasbourg, au moins une trentaine de SDF comme lui à préférer passer la nuit dehors plutôt que de dormir en foyer d'urgence. « ça ne m'intéresse pas. Je n'aime pas dormir avec des personnes que je ne connais pas, lâche Michal. En plus, il faut arriver avant 23 h, ne pas fumer, ne pas boire. Je préfère garder ma liberté. C'est un choix. »

« L'avantage de l'hiver,

les gens sont plus généreux »
Et les risques? Mourir de froid ? Michal n'envisage pas cette éventualité. « Je n'ai pas peur. La nuit, avec une couverture en dessous, un sac de couchage ou deux par-dessus, ça va », dit-il. Le jeune homme d'origine tchèque a installé son barda, rue du Vieux-Seigle. Comme souvent, hier matin, il était assis, couvert de son sac de couchage, son chien Schnaps à ses côtés. « On est à l'abri ici. Et ça chauffe un peu, indique-t-il en montrant la grille d'aération sous ses fesses. Ceux qui meurent, ce sont des vieux qui ont trop picolé. Ils s'endorment et ne sentent plus rien. » Il concède, une bouteille de vin à la main : « Moi aussi je bois, c'est pour me réchauffer, oublier et s'amuser un peu. »
Puis, à quelque chose malheur est bon. L'avantage de l'hiver, souligne Michal « les gens sont plus généreux. Je ne fais jamais la manche, mais les gens s'arrêtent, ils nous parlent. Un vendeur sur le marché de Noël m'a même donné deux kilos de fromage, hier. »

Les maraudes

Des maraudes sont organisées tous les soirs par différentes associations. Parmi elles, Médecins du monde. « Nous sommes avant tout une maraude médicale, explique Germain Mignot, coordinateur de la mission sans-abri. On va à la rencontre des sans-abri. On leur distribue un café, de la soupe, des couvertures et sacs de couchage. On les oriente vers des structures d'hébergement. Nous avons sept places disponibles. Nous ne les forçons pas à y aller. Chacun est libre. Nous leur rappelons les risques. Les SDF meurent plus souvent en automne et en été. En hiver, ce n'est pas forcément le froid qui les tue. C'est la fatigue, les pathologies qui s'additionnent. Au bout d'un moment, le cœur lâche. En octobre, quatre SDF sont morts à Strasbourg. Personne n'en a parlé. »