Les sans-abri des Berges de l'Ain, en route pour l'autonomie

Sonia de Araujo

— 

Patrick Anstett à gauche, ainsi que Roland et Brigitte Choudar en haut à droite, anciens SDF, vivent au village de chalets, situé à l'Elsau.
Patrick Anstett à gauche, ainsi que Roland et Brigitte Choudar en haut à droite, anciens SDF, vivent au village de chalets, situé à l'Elsau. — G. Varela / 20 Minutes

Fini la galère du 115, les nuits glaciales passées sur un banc ou sous la toile de tente, emmitouflés dans des couvertures de fortune. Vingt-cinq sans-abri vivent désormais aux Berges de l'Ain, pour une durée de deux ans renouvelable. Ouvert en juillet, ce village de chalets, situé à l'Elsau, est une structure innovante de « stabilisation ». Géré par Adoma, il permet à un public très désocialisé de redevenir autonome par le logement. Les résidents sont ici chez eux.
Roland et Brigitte Choudar, deux villageois, exhibent d'ailleurs fièrement leurs clés, symbole de leur nouveau statut. « Quand j'ai vu l'appartement, ça a été un flash : Mon Dieu, c'est chez nous ! Là j'étais vraiment heureuse. En plus, on a la clim', le chauffage », se souvient Brigitte. Le couple paie 114 € par mois, une participation établie en fonction des revenus (le RSA). Depuis leur emménagement le 15 juillet, ils se sont appropriés les lieux. Des photos de leurs proches sont accrochées sur les murs, des fleurs décorent la cuisine. C'est la fin de deux ans de misère.

Leur santé est devenue une priorité
Par rapport à un centre d'hébergement classique, les règles, ici, sont plus souples. « Chez eux, ils ont, comme tout le monde, le droit de faire ce qu'ils veulent, rappelle Patrick Kientz, le directeur. Y compris boire. Pour le reste, le seuil de tolérance est très élevé. Seule limite, le trafic est interdit. » A 10 h du matin, lorsque Roland, très élégant dans son costume trois pièces, nous accueille, c'est l'heure de l'apéro. Deux autres villageois, Patrick Anstett et Raphaël Martel, sont déjà attablés. Leur rendez-vous matinal est devenu une habitude. « On essaie de se trouver une famille. On met en commun notre nourriture, on cuisine ensemble », lance Patrick. « Réunis, on est plus fort moralement », précise Roland. « On s'entraide. Rien à voir avec la rue. », renchérit Brigitte. Autre changement radical, « le sentiment de sécurité. La rue est un danger de chaque seconde. Il y a des vols, des viols. Je me promenais toujours avec une arme », confie Patrick.
En plus du contrat d'hébergement, chacun des villageois doit signer, après trois mois de présence, un contrat d'accompagnement social individuel. Ils sont aidés dans leurs démarches par trois intervenants sociaux « qui ont tous, au début, un lien avec la santé », explique Patrick Kientz. Depuis qu'ils n'ont plus à chercher un lieu où dormir, leur corps, éprouvé par des années d'errance, se réveille. Les rendez-vous chez le médecin s'enchaînent. Roland, lui, veut arrêter l'alcool. « J'ai diminué difficilement. Je commence à remonter la pente. Mais, une fois que j'aurai retrouvé mes capacités, j'aimerais travailler dans la restauration. Comme avant. »

La vie au village

La vie en communauté se met en place progressivement. Le mardi, un petit marché est organisé avec la Croix-Rouge, un petit déj' le samedi avec les Restos du Cœur. « Il n'y avait pas de budget prévu pour la nourriture. On a dû s'organiser, raconte Patrick Kientz. On investit les lieux ensemble. Des ateliers pour apprendre à cuisiner, à dresser son chien, se sont mis en place, ainsi que des espaces de parole sur la notion de respect entre voisins. Et un conseil de village a lieu une fois par mois. »