La raffinerie de Reichstett liquide 253 emplois

Philippe Wendling

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Le torchon brûle entre les salariés et la direction du groupe pétrolier suisse.
Le torchon brûle entre les salariés et la direction du groupe pétrolier suisse. — G. Varela / 20 Minutes

Scènes d'écœurement. Déçus, choqués, révoltés pour certains, c'est symboliquement que des salariés ont arraché le totem Petroplus devant la raffinerie. Un peu plus tôt, ils s'étaient massés sur la route menant à l'entrée du site de Reichstett, « juste après cette sale annonce », explique l'un d'eux. En comité d'entreprise extraordinaire, leur propriétaire, Petroplus, a indiqué, hier, qu'il allait cesser ses activités de raffinage et convertir le lieu en dépôt de stockage. La décision devrait être entérinée en janvier et effective à partir du printemps. Elle donnera lieu à 253 suppressions d'emplois sur les quelque 260 actuels. Seuls 15 postes devraient être maintenus. Un plan de sauvegarde de l'emploi sera établi d'ici le début de l'année. Petroplus envisage 33 reclassements et des indemnités de licenciement comprises entre 6 et 24 mois de salaire.

Un manque d'investissements
« Dans un contexte difficile pour le marché du raffinage, et compte tenu des capitaux qui seraient requis, l'entreprise ne peut justifier les investissements nécessaires au maintien de l'activité du site », se justifie le groupe suisse. Selon lui, il faudrait au moins 220 millions d'euros pour maintenir l'activité. « L'ex-propriétaire, Shell, n'a pas investi, déplore Eric Haenel de la CFDT. Le retard s'aggrave en raison de la crise et des nouvelles normes environnementales à respecter. Petroplus aurait mis 100 millions d'euros en 2 ans, ça ne suffit pas. »
Une raison pour laquelle le groupe, propriétaire de la raffinerie depuis 2008, cherche à vendre depuis avril. « Un repreneur éventuel est venu en août, mais la direction n'a pas voulu nous dire qui il était, raconte Joël Humbert, délégué CGT. Une semaine après, on a appris qu'il n'était pas intéressé. Aujourd'hui, on a deux possibilités : trouver de notre côté un repreneur ou négocier le plan de sauvegarde de l'emploi. Compte tenu de la spécificité de nos métiers et de la crise du secteur pétrochimique, ce sera dur de retrouver des postes dans la région. »
Bien que n'étant pas en grève, les salariés de la raffinerie bloquent les expéditions depuis une semaine et vont poursuivre l'action. Hier, ils ont obtenu l'arrêt d'un oléoduc alimentant le Port autonome de Strasbourg. Une façon de conserver du carburant sur le site qui, le cas échéant, pourrait bien servir de monnaie d'échange lors des négociations avec la direction.

Conséquences

En plus des 253 salariés de Petroplus, 750 personnes employées par des entreprises sous-traitantes seraient menacées, selon les syndicats. Il s'agirait surtout de personnels travaillant à la maintenance et à la sécurité de la raffinerie.