La prostitution se joue des frontières

Sonia de araujo

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Isabelle Collot du Mouvement du Nid, a engagé en 2002 un partenariat tranfrontalier.
Isabelle Collot du Mouvement du Nid, a engagé en 2002 un partenariat tranfrontalier. — G. Varela / 20 Minutes

« Nous voulons être au plus près de la réalité des prostituées afin de faciliter leur rencontre avec les partenaires associatifs et mieux les aider à s'en sortir, explique Isabelle Collot, la responsable du Mouvement du Nid à Strasbourg. Et pour ce faire, il nous faut développer le partenariat transfrontalier. » En vue de la Journée européenne de lutte contre la traite des êtres humains qui se déroule lundi, l'association strasbourgeoise a fait le point, hier, sur son travail engagé depuis 2002 avec leurs partenaires allemands. Un enjeu devenu essentiel ces dernières années.

1/3 des filles habitent en Allemagne
En effet, lors des rencontres sur le terrain, les bénévoles du Nid « ont constaté que plus d'un tiers des prostituées, bulgares pour la plupart, disent loger dans des hôtels, des pensions ou des appartements à Kehl ou à Offenburg », précise Isabelle Collot. Les raisons ? Avec l'arrivée des différents réseaux, notamment africains il y a 4-5 ans, la prostitution s'est rapprochée de la frontière. « Certaines femmes sont route du Rhin, avenue des Alpes alors que traditionnellement, elles étaient toutes à la gare et avenue des Vosges, indique Isabelle Collot. Mais surtout, en Allemagne, la prostitution est légale depuis 2002 avec la loi sur la réglementation des droits des personnes prostituées. Contrairement à la France, l'Allemagne n'a pas signé la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains. C'est un métier comme un autre. Seule la prostitution forcée est interdite. « Les filles peuvent donc vivre avec qui elles veulent sans que cette personne ne soit accusée de proxénétisme », précise la militante.
Du coup, pour accompagner ces femmes au quotidien, les assos allemandes Freija et Diakonie tiennent une permanence une fois par mois dans un local à Kehl (Friedhostrasse 1). Depuis cette année, Judith, salariée à Freija, accompagne les bénévoles du Nid dans leurs sorties, deux fois par mois. « Il est important de se faire connaître. Une quarantaine de prostituée l'an dernier se sont rendues aux permanences de Kehl et Fribourg. Un chiffre encore trop faible », précise-t-elle. En 2009, le Nid a rencontré 305 femmes et 27 hommes, 157 personnes ont été reçues à leur permanence. Des actions communes de sensibilisation envers les jeunes des deux pays seront prochainement menées par les assos ainsi qu'une enquête sur leurs représentations de la prostitution.

Colloque

Freija organise le 22 octobre prochain un colloque à Fribourg sur la prostitution, intitulé Pink. Plus d'infos sur www.pink-baden.de. Le Mouvement du Nid, 1, quai St-Jean, 03 88 32 77 67.