Pas de salle de shoot, mais des seringues

Philippe Wendling

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Dans le bus, outre une écoute, les usagers obtiennent des seringues et des jetons pour en retirer dans un distributeur rue de Sarrelouis.
Dans le bus, outre une écoute, les usagers obtiennent des seringues et des jetons pour en retirer dans un distributeur rue de Sarrelouis. — G. Varela / 20 Minutes

L'ouverture de salles de shoot n'est « ni utile, ni souhaitable en France », estimait, en août, un conseiller de Matignon. La déclaration visait à contredire la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, pour qui la création de tels « centres de consommation supervisés » de drogue était possible. Mais, pour les partisans de ce type de structure, le débat doit continuer.

« Il ne s'agit pas d'inciter
à la drogue »
A Strasbourg, Espace indépendance avait adressé, dès 2002, un projet de salle d'injection au ministère de la Santé. « Depuis, on attend. On ne peut rien faire, si la loi ne l'autorise pas », regrette Danièle Bader-Ledit, la directrice du lieu d'accueil en addictologie. « Des salles existent dans plusieurs pays, comme la Suisse. Si elles étaient inutiles, elles auraient déjà fermé », poursuit Gauthier Waeckerlé, son adjoint. Selon eux, dans un souci de santé publique, elles éviteraient aux plus précaires de devoir se droguer « dans des caves comme cela existe aussi à Strasbourg » et leur permetttraient d'accéder à « une démarche de soins ». « Il ne s'agit pas d'inciter à la drogue comme certains le disent, déplore Gautier Waeckerlé. Ce discours, on l'entendait déjà au début des programmes d'échange de seringues. » Un service qu'Espace d'indépendance propose dans ses locaux 12, rue Kuhn et dans un bus chaque lundi et vendredi soir place de la Porte-Blanche, depuis 1993.
« Le bus a été créé pour faire de la prévention et lutter contre la contamination du VIH et des hépatites en distribuant du matériel à usage unique », précise sa responsable et médecin, Martine Heitz. Elle remet gratuitement des seringues, des préservatifs et des jetons pour retirer des kits d'injection dans un distributeur installé depuis mai rue de Sarrelouis. En 4 mois, il a délivré 620 kits. « Les usagers rapportent leurs seringues ce qui évite qu'ils ne les jettent n'importe où », poursuit Martine Heitz. Sur les 500 données par soir, elle en récupère près de la moitié. « La victoire des échanges de seringues est surtout la chute du sida chez les toxicomanes et la baisse des overdoses », souligne Danièle Bader-Ledit.

Eviter les overdoses
« Outre la distribution, dans le bus on écoute les usagers, on essaye de les orienter vers des soins. Mais ça dure des mois, voire des années », reconnaît Martine Heitz. Depuis une cure de désintoxication, Carlos prend du Subutex, un substitut aux opiacés. « Je viens au bus car on ne m'y juge pas », pointe-t-il. Il y croise José qui cherche du « matériel trop cher en pharmacie ». Tous deux sont favorables aux salles de shoot, mais ne les fréquenteraient pas. « Je préfère faire ça chez moi à l'abri des regards », raconte José. Même réponse de Carlos. « Mais si je vivais seul, j'y réfléchirais, dit-il. Dans ces salles, en cas d'overdose, on te soigne tout de suite. Ailleurs, tu as peu de chance de t'en sortir. »