Meurtre d'un notaire à Strasbourg: son amant reconnaît les faits

FAITS-DIVERS Interpellé à Paris...

A Strasbourg, Philippe Wendling

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Un homme de 37 ans a reconnu sa responsabilité dans la mort du notaire Bertrand Bilger découvert sans vie, mardi soir, dans son appartement à Strasbourg, a indiqué ce vendredi après-midi Patrick Poirret, procureur de la République. Placé en garde à vue à Paris, où il a été interpellé ce jeudi, l’homme devrait être transféré en Alsace d’ici à ce soir. Il devrait être présenté devant un juge ce samedi et «être mis en examen pour homicide volontaire». D’après les premiers éléments de l’enquête, il «aurait agi seul». 

Une bagarre entre deux amants

Le mis en cause a expliqué aux enquêteurs qu’il entretenait une relation amoureuse plus ou moins régulière «depuis 18-20 ans» avec la victime âgée de 59 ans. Après avoir passé le week-end ensemble, dimanche soir, les deux hommes «se sont fâchés comme peuvent se fâcher deux amants», estime Patrick Poirret. Une bagarre aurait éclaté dans un contexte de forte alcoolisation et peut-être de prise de cocaïne.

Une autopsie de Bertrand Bilger a mis en évidence de multiples traces de coups et de coupures, notamment au visage et à l’abdomen. Mais, son décès résulte «d’un égorgement», précise Patrick Poirret. Un couteau de cuisine a été retrouvé et des analyses ADN sont en cours.

Les pompiers et la police avaient été alertés mardi en début de soirée, car Bertrand Bilger ne répondait plus aux appels de ses proches, notamment de sa sœur avec qui il devait diner. Son corps avait été découvert gisant dans son domicile de la rue Paul-Déroulède, près de l’Orangerie, un quartier chic de Strasbourg. La scène de crime, dixit Patrick Poirret, était «extrêmement importante». La police scientifique a, entre autres, relevé des «épanchements de sang» dans la chambre à coucher, le salon et l’entrée de l’appartement.

Le suspect trahi par son portable

Originaire de Strasbourg, le suspect a été interpellé ce jeudi après-midi Faubourg Saint-Honoré à Paris alors qu’il s’apprêtait à monter dans le véhicule du notaire. Les enquêteurs avaient constaté que la voiture décapotable, une Rolex, deux cartes bleues, des chéquiers et un portefeuille avaient disparu de l’appartement de la victime.

La police a remonté la piste du mis en cause en suivant les dépenses effectuées avec les cartes bleues de Bertrand Bilger. L’homme a, notamment, payé avec une des cartes une chambre d’hôtel à Lille, qu’il avait réservé par le biais de son téléphone portable. C’est le numéro de sa ligne qui a permis aux enquêteurs de l’identifier.

«On n’a néanmoins pas affaire à la cavale d’un truand»

Selon les premières investigations, après avoir tué le notaire, dimanche soir, l’individu est «rentré chez lui se laver et préparer sa valise». Au volant de la voiture de la victime, il s’est ensuite rendu à Lille où il a passé une nuit avec «un autre petit-ami», puis a regagné Paris. «On n’a néanmoins pas affaire à la cavale d’un truand», relativise Patrick Poirret.

Ingénieur en génie civil de formation, le trentenaire est actuellement sans emploi. Faute d’argent, il «devait être expulsé manu militari de son logement aujourd’hui», précise le procureur de la République. Père de deux enfants mineurs, divorcé depuis 2008, il avait été condamné en mars dernier pour abandon de famille. Il est connu par les services de police pour avoir déjà fait plusieurs tentatives de suicide.

Un notaire controversé

D’après Patrick Poirret, le suspect menait «une vie privée très libre» tout comme la victime. Leur relation intime «n’était pas exclusive pour l’un comme pour l’autre».

Agé de 59 ans, Bertrand Bilger n’exerçait plus sa fonction de notaire depuis une «suspension disciplinaire» d’un an ordonnée le 8 juin 2009. La levée de sa sanction prévue le mois prochain, aurait du lui permettre de redémarrer son activité. Il avait néanmoins décidé d’arrêter de travailler et venait de présenter sa démission auprès du ministère de la Justice. La justice et la chambre des Notaires lui reprochaient un certain «désordre professionnel, une mauvaise gestion de son personnel et des frais de son étude».