Strasbourg : Pourquoi le système de vélos en libre-service « Velhop » pédale dans la choucroute

À Bicyclette Des listes d’attente interminables, des vélos non-rendus ou non livrés, un système « dévoyé »… Le Velhop déraille un peu à Strasbourg

Thibaut Gagnepain
Aujourd'hui, environ « 4.800 Velhop » sont en circulation à Strasbourg.
Aujourd'hui, environ « 4.800 Velhop » sont en circulation à Strasbourg. — T. Gagnepain
  • A Strasbourg aussi existe un système de vélos en libre-service, les Velhop. Oui même dans l’autoproclamée capitale de la bicyclette en France !
  • Ce système est en perte de vitesse, ou trop grosse accélération, question de point de vue. Près de 400 personnes attendent aujourd’hui un Velhop en abonnement.
  • Pourquoi y a-t-il des soucis aujourd’hui ? 20 Minutes vous explique.

Le Velib' à Paris, le Velo’v à Lyon… Comme la plupart des grandes villes, Strasbourg compte aussi, depuis 2010, son système de vélos en libre-service, le Velhop. Avec deux possibilités : louer sur une très courte durée, ou une bien plus longue qui va jusqu’à l’année.

Jusque-là rien de fou ! Là où c’est plus intéressant, c’est que les bicyclettes au panier et au garde-boue verts sont aujourd’hui… difficiles à réserver. Oui, même dans une ville qui se targue souvent d’être la capitale française du vélo. « Velhop est aujourd’hui victime de son succès », résume Camille Janton, présidente de la société qui gère le réseau, Strasbourg Mobilités.


Son constat part des actuels gros soucis connus dans les boutiques. Dans certaines, les listes d’attente s’allongent jusqu’à 200 noms. « Au total, on doit avoir actuellement 400 personnes qui patientent pour une location avec abonnement », poursuit la responsable en déplorant évidemment la situation. Liée selon elle à plusieurs facteurs : « la fréquentation touristique supérieure, même par rapport à 2019 » et… « la hausse des abonnements ».

Le tout avec une flotte actuelle de vélos réduite à environ « 4.800 au lieu d’au moins 5.000 normalement ». « On en a commandés début 2021 mais on n’a pas tout reçu car il manque des pièces. Là, on en espère bientôt 140, sans avoir de date précise », précise encore Camille Janton. « Et il y en a autour de 150 qui n’ont pas été rendus », ajoute le conseiller municipal Alain Jund avec un détail cocasse: « Nous avons eu des soucis avec les chèques de caution de 150 euros. Certains n’étaient plus valables quand on a voulu les toucher… »

« Ils ne se font pas trop voler »

Les deux l’assurent, une traque aux têtes en l’air -avec ou sans casque- est actuellement menée afin qu’ils restituent leur deux-roues. Tout comme des opérations de « reconditionnement » pour en assembler de nouveaux à partir des anciens inutilisables. Tout cela ne devrait néanmoins pas suffire à supprimer les listes d’attente. « Oui et non », nuance l’élu écologiste. « Les fortes demandes de vélos se font souvent à la rentrée, avec le retour des étudiants, et en mars, quand les beaux jours arrivent. Avec le froid, ça devrait un peu se calmer. L’idée, maintenant, c’est d’être prêt pour la deuxième vague. »

Elle pourrait être encore plus forte tant le Velhop a désormais bonne presse dans la capitale alsacienne. « Car il est solide, on a les révisions gratuites tous les trois mois, on nous le change en cas de problème et que surtout, ils ne se font pas trop voler ici », détaille Léa. Cette jeune active de moins de 26 ans en est déjà à sa troisième année d’abonnement. Cette fois, même avec un tarif évolutif, elle a réglé 95 euros les douze mois, « sachant que la moitié est prise en charge par l’employeur ». Pour les plus de 26 ans, la formule monte à 110 euros maximum la troisième année. Le double du prix pour les étudiants (56), qui peut même être réduit à dix euros pour les boursiers.

Des tarifs trop faibles ?

« Les tarifs s’inscrivent dans le cadre d’un service public. On est là pour satisfaire les gens », résume la présidente de Strasbourg Mobilités en réfutant l’idée d’un montant trop faible. « Car normalement, le principe n’est pas de rester dans le système. Le Velhop doit être un tremplin pour tester et utiliser un vélo puis donc acheter le sien plus tard. » Sauf que rien n’oblige, aujourd’hui, les utilisateurs à ne pas renouveler éternellement leur engagement pour s’éviter des frais sur leur propre bicyclette. « Oui, le système est dévoyé par certains d’une certaine manière », reconnaît-elle.

Des solutions sont-elles dès lors envisagées ? « Il faut qu’on travaille sur l’ensemble de la problématique », répond Alain Jund. « Il faut qu’on encourage chacun à ressortir le vélo qui traîne dans sa cave et peut-être organiser encore d’autres bourses. Mais on n’envisage pas d’augmenter ni la flotte de Velhop ni les tarifs. On est vraiment sur le principe de permettre au plus grand nombre de se procurer un vélo. » Même si certains doivent attendre des mois.