Alsace : Il transforme son food truck en « bistrot des villages » pour « réunir » les gens privés de commerces

food truck Ces deux derniers mois, un jeune entrepreneur a installé son camion et déplié sa terrasse dans des villages alsaciens souvent dépourvus de commerce

Thibaut Gagnepain
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Clément Nicaud à l'intérieur de son food-truck qui sillonne les villages alsaciens.
Clément Nicaud à l'intérieur de son food-truck qui sillonne les villages alsaciens. — T. Gagnepain
  • En Alsace, un food-truck s’arrête dans des villages où il n’y a souvent plus aucun commerce. Puis Clément Nicaud déplie sa terrasse et son « bistrot de villages » prend vie.
  • « Je me suis dit que m’y installer permettrait de réunir les gens de nouveau », explique le créateur, qui a rencontré un joli succès cet été.
  • « Il n’y a plus aucun commerce ici alors quand quelqu’un s’installe, il faut le soutenir. Ça permet de faire vivre la commune », explique une cliente.

Soirée pluvieuse à Uttenheim ce mardi. A l’intérieur de son food truck stationné dans ce bourg du Bas-Rhin, Clément Nicaud a enfilé sa polaire. L’été est fini et il faut l’écrire : la capricieuse météo a aussi refroidi sa clientèle. Finies les places de villages souvent pleines qui résonnaient lors de ses passages et ces files d’attente pour commander une flammekueche…

« J’ai arrêté d’en cuire », sourit le jeune entrepreneur (27 ans) en montrant son four à bois éteint. En ce début d’automne, il ne propose plus que des planches apéro à déguster, et bien sûr de nombreuses boissons (bière, vin, crémant, soft, etc.). Toutes de fournisseurs régionaux. Comme finalement de nombreux cafés qui ont pignon sur rue.

Lui passe de commune en commune depuis début août, quand il a lancé son concept. Lequel ? Celui du « bistrot de villages », amené à remplacer tous ces troquets souvent disparus. « J’étais parti sur totalement une autre idée mais c’est en traversant tous ces villages que je me suis rendu compte qu’il n’y en a plus », détaille cet ancien commercial chez TF1 qui « en avait marre de la ville depuis le confinement ».

Huit communes sélectionnées

Alors il a voulu retourner dans sa région d’origine, précisément dans ce canton d’Erstein où il a été au lycée. « Je le connaissais bien, c’était un atout, et je ne voulais pas aller trop loin non plus. Je me suis dit que m’y installer permettrait de réunir les gens de nouveau. C’était presque l’aspect social de mon projet ! Je voulais me faire connaître et je propose aussi des événements privés le week-end, où on peut louer le camion. »

Son Citröen Jumper restylé avec une carrosserie vintage vert d’eau a déjà eu un joli succès. Les huit communes sélectionnées, avec un passage toutes les deux semaines « pour fidéliser et aussi créer un manque », ont répondu présent. « Dès le premier soir, il y avait plus de 100 personnes », s’amuse le jeune homme, qui a même dû demander de l’aide à sa copine pour les fortes affluences. « J’avais sélectionné des villages entre 400 et 1.500 habitants, pas trop petits non plus », précise-t-il encore en promettant d’y revenir l’été prochain. « Je ne veux pas les trahir ! »


Dans certains villages, l'arrivée du camion a permis aux habitants de la commune de se réunir.
Dans certains villages, l'arrivée du camion a permis aux habitants de la commune de se réunir. - C. Nicaud


Attablés un peu plus loin avec des amis, Laetitia et Cyrille, l’auraient mal pris dans le cas contraire. « Nous étions là les premiers et depuis, on est toujours revenu », explique la première citée. « Il n’y a plus aucun commerce ici alors quand quelqu’un s’installe, il faut le soutenir. Ça permet de faire vivre la commune. On a revu pas mal de monde en venant manger ici, c’était un peu la fête au village ! »

Qui va s’arrêter le temps de plusieurs mois, moins propice à rester sur la terrasse que Clément Nicaud installe à chaque fois. « Je vais faire débit de boissons sur les marchés, je ne sais pas encore lesquels, mais ce sera des villages, promet-il. Puis au printemps, j’ai prévu de reprendre le bistrot mais dans des villages où je ne suis encore jamais allé. J’ai eu plein de demandes ! » Jusqu’au nord de l’Alsace. Où d’autres communes n’ont plus de bistrot non plus…