Le TGv exhume des sépultures du néolithique

Philippe Wendling
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Les archéologues ont mis au jour des sépultures multiples.
Les archéologues ont mis au jour des sépultures multiples. — Gersende Alix / Inrap

Un wagon de trouvailles et d'interrogations. Dans le cadre de la réalisation de la deuxième phase de la LGV Est, entre Baudrecourt et Vendenheim, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mené une première campagne de fouilles, l'an dernier. Ces recherches l'ont, entre autres, conduit à explorer une parcelle de quatre hectares à Gougenheim, dans le Kochersberg. Les travaux ont été menés d'août à décembre dernier par une dizaine d'archéologues. Le fruit de leur labeur : la mise au jour de quarante-quatre squelettes de femmes, d'hommes et d'enfants, datant pour la plupart du Néolithique récent, c'est-à-dire de 4 000 ans avant notre ère. Les ossements vont désormais faire l'objet d'études.

Des rites funéraires mystérieux
« Des sites du Néolithique récent ont déjà été fouillés dans la vallée du Rhin supérieur, à Colmar par exemple. En général, on y a découvert de dix à quinze squelettes, car à cette période, il n'y avait pas de zone funéraire spécialisée. En découvrir quarante-quatre à Gougenheim est donc exceptionnel », explique Yohann Thomas, responsable scientifique du chantier pour l'Inrap. Le nombre devrait, notamment, permettre d'affiner les connaissances sur les pratiques funéraires de l'époque, un sujet enclin à de nombreuses questions. Pour quelles raisons un crâne sans corps figurait-t-il à côté d'un squelette retrouvé à Gougenheim ? Pourquoi les os d'un autre ont-ils été bougés ? Comment expliquer que certains individus étaient inhumés sur le dos, d'autres sur le ventre ou avec une main sur le visage ? Qu'ils étaient enterrés seuls ou dans des fosses circulaires communes ? Pourquoi aucun mobilier funéraire n'a-t-il été retrouvé sur la parcelle ? « Plusieurs hypothèses sont possibles, estime Yohann Thomas. Les objets n'étaient peut-être pas primordiaux pour ces gens-là ? Il existait peut-être un rituel plus important avant l'inhumation et dont il ne reste pas de traces ? »
Les fouilles ont aussi permis d'attester la présence d'une communauté d'agriculteurs à Gougenheim au Néolithique ancien, soit 5 000 ans avant notre ère. En outre, elles ont mis au jour de la vaisselle et des résidus végétaux du premier âge du fer, soit huit siècles avant Jésus-Christ. Autant d'éléments que vont étudier des anthropologues pour déterminer le quotidien et les mœurs de ces Alsaciens d'un autre temps.

Fouilles

L'Inrap débutera en marsde nouvelles fouilles le longdu tracé de la LGV Est. D'un coûtde 12 millions d'euros, les travauxsont financés par l'Etat,les collectivités territoriales, l'Europe, le Luxembourget Réseau ferré de France.