Les Marrons chauds, un business qui roule

Sonia de Araujo

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A n'en pas douter, le premier a avoir installé une locomotive à marrons à Strasbourg dans les années 1930 est un jeune immigré italien. Mais s'agissait-il de Joseph Franchi ou bien encore de Jean Ferrari ? Les avis divergent. En tout cas, soixante-dix ans plus tard, ces locomotives font partie intégrante du décor de la capitale de Noël. Elles sont réparties en douze points stratégiques. Et les petits-enfants de Joseph Franchi et de Jean Ferrari sont toujours là. Ils se partagent le business du marron chaud avec deux autres familles : les Toscani (des Italiens) et les Filippi (des Corses).

Pour faire le lien avec la municipalité et maintenir de bonnes relations entre les familles, les grilleurs de marrons ont créé un syndicat, dirigé par celui qu'ils appellent le « président ». Actuellement en poste : Pierino Zecca, un descendant des Ferrari. « Je ne m'occupe que de broutilles, assure-t-il. Les familles s'entendent bien. » Cela n'a pas toujours été le cas. « Il y a eu quelques tensions. Certains monopolisaient les meilleurs emplacements », précise-t-il. Alors, pour éviter la castagne, la ville a édicté dans les années 1960 un règlement. Chaque jour, les vendeurs ont l'obligation de changer d'emplacement. Un roulement qui fait l'unanimité. « Il n'y a pas de concurrents, ajoute Angela Franchi. Nous sommes des confrères. » Une grande famille, en somme. D'ailleurs, les affaires se sont toujours transmises de père en fils. Les Filippi, les derniers arrivés, font figure d'exception. « Ils nous ont acceptés. Ils n'avaient pas le choix », s'amuse Denis Filippi. Le président laisse, lui, entendre qu'il aurait bénéficié du « parrainage d'une Italienne. Une histoire de coeur... »

Grâce au marché de Noël, les grilleurs de marrons peuvent multiplier par trois leurs chiffres d'affaires et vendre jusqu'à 50 kg de marrons par jour. « En bons commerçants », les vendeurs refusent de parler chiffres, préférant souligner les difficultés du métier. « Nous travaillons sept jours sur sept dans le froid. » Angela Franchi ajoutera toutefois que « les marrons sont plus rentables que les glaces. Mais après janvier, on ne vend plus rien. » Le kilo de marrons est acheté 3,50 euros, 150 g de marrons grillés sont ensuite vendus 2 euros. Du bout des lèvres, le président lâche finalement « une petite journée, c'est 180 euros de chiffres d'affaire par locomotive ». W