un théâtre Côté jardin, une école côté cour

Sonia de Araujo, photos Gilles VARELA

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La structure forme des comédiens, mais aussi des régisseurs, des scénographes, des metteurs en scène et des dramaturges.
La structure forme des comédiens, mais aussi des régisseurs, des scénographes, des metteurs en scène et des dramaturges. —

« Tu n'as pas besoin de hurler le texte, apprivoise l'espace ! » Dans une salle du Théâtre national de Strasbourg (TNS), le metteur en scène Jean-Paul Wenzel donne quelques conseils à une jeune actrice perchée sur un échafaudage. Valentine Alaqui n'est pas encore comédienne professionnelle, mais étudiante à l'Ecole supérieure d'art dramatique de Strasbourg, située dans les locaux du TNS. En guise de cours, les vingt-quatre élèves de troisième année répètent Quelle partie de moi-même trompe l'autre*, une pièce de théâtre qu'ils présenteront pour la première fois, ce soir, au public strasbourgeois.

Du tai-chi et du tir à l'arc

« L'auteur Bernard-Marie Koltès et le comédien Laurent Lucas sont passés par là. Toutefois, beaucoup de Strasbourgeois ignorent l'existence de l'école, et donc de ses quarante-cinq élèves », regrette Dominique Lecoyer, la directrice des études. Créé en 1954, l'établissement est, en dehors du Conservatoire de Paris, la seule école d'art dramatique placée sous la tutelle du ministère de la Culture et subventionnée par l'Etat. La spécificité de cette structure est qu'elle ne forme pas uniquement des comédiens - comme c'est le cas à Paris -, mais aussi des régisseurs, des scénographes, des metteurs en scène et des dramaturges. « Nous travaillons comme une vraie troupe. Quelqu'un s'occupe du son, un autre de la mise en scène. On comprend mieux les spécificités de chaque métier », explique Charlotte Lagrange, élève de la section dramaturgie. Certains élèves se réorientent d'ailleurs au cours de leur formation. « J'avais intégré l'école pour avoir des bases solides en régie lumière. Puis finalement, je me suis rendu compte que j'étais plus intéressé par le son. J'estimais, à tort, qu'il fallait être un musicien professionnel pour exercer ce métier », souligne Samuel Favart-Mikcha.

Autre avantage, l'école partage les infrastructures et la vie du TNS. « Nous profitons de leurs ateliers de fabrication de décors et de costumes. Nous sommes en contact permanent avec des professionnels du métier, se réjouit Charlotte. Et puis nous avons aussi des cours de chant, de danse, de tai-chi et de tir à l'arc pour travailler le souffle et l'équilibre. » Recrutés sur concours deux années sur trois, les élèves doivent être âgés de moins de 26 ans et avoir le bac. A l'issue de la formation, ils intègrent, avec ceux du Conservatoire, le Jeune Théâtre national (JTN), une structure parisienne, qui a pour vocation de les aider à s'insérer dans la vie professionnelle. « Le JTN nous aide à rencontrer des metteurs en scène et participe au financement de nos salaires. C'est inespéré pour de jeunes artistes », insiste Samuel. Cette année, un partenariat a été mis en place avec l'Université de Strasbourg. Les élèves obtiendront une équivalence en licence ou en master arts du spectacle. W

* Entrée libre sur réservation, à 20 h, au TNS, 1, avenue de la Marseillaise.