Une maison à vie pour des sans-abri de longue durée

Sonia de Araujo

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G. VARELA / 20 MINUTES

Habitué à dormir dans la rue depuis une éternité, il a dorénavant un hébergement à vie. « C'est un peu ma maison », confie Arroquiassamy Lamonnaie, heureux de faire visiter son studio, de montrer chaque détail de sa nouvelle vie : ses charentaises au pied du lit, son jeu de cartes près de la fenêtre ou bien encore ses cotons-tiges sur le bureau.

Ce Strasbourgeois de 56 ans vient de s'installer à l'Accueil des deux rives, rue de Lubeck, dans le quartier du Port du Rhin. Une structure de quinze places issue d'un travail de réflexion mené par la Ddass. Sa particularité : elle est dédiée aux SDF vieillissants - c'est-à-dire des personnes, âgées en moyenne de 58 ans, qui vivent dans la rue depuis plus de dix ans -, qu'elle accueille pour une durée illimitée. « Il ne s'agit ni d'un hébergement d'urgence, ni d'un accueil de jour. Elles sont ici chez elles », explique Daniel Baumgartner, le directeur de l'association Horizon amitié, porteuse du projet.

RMiste, Arroquiassamy verse, comme tous les autres résidents, 30 % de ses revenus à la structure. En échange, il est logé, nourri, et blanchi. Il bénéficie également d'un accompagnement sanitaire. « Ces anciens SDF ne sont jamais allés voir un médecin. Alcooliques, ils souffrent des reins, du foie... Certains ont la poliomyélite et sont gangrénés. Il faut donc les soigner et les encourager à se doucher et à laver leur linge », précise Özkan Beceren, le responsable de l'Accueil des deux rives.

Deux travailleurs sociaux et trois auxiliaires de vie leur réapprennent ces gestes du quotidien et les aident dans leurs démarches administratives. « C'est un travail de longue haleine. Les résidents oublient souvent leurs rendez-vous », souligne Patricia Weber, travailleur social. « Une maison de retraite classique ne peut pas les accueillir. Ils ne croient plus en rien, et détestent avoir des obligations », indique Özkan Beceren. Pour cette raison, les règles à l'intérieur de la structure sont très souples. Les résidents sont libres d'aller et venir. Ils ont chacun leur clé, et peuvent s'absenter pendant une semaine. En revanche, il est interdit de boire ou de fumer dans les locaux. Si Arroquiassamy Lamonnaie passe toute sa journée à l'Accueil, à jouer aux cartes ou au billard, il fait figure d'exception. Pendant la journée, la structure se vide de ses occupants. « Un de nos objectifs est de fidéliser les résidents à nos activités. Toutefois, qu'ils rentrent chaque soir est déjà un exploit. Depuis l'ouverture, seules deux personnes sont retournées à la rue », se félicite Daniel Baumgartner.

Le centre est à la recherche d'une enveloppe de 100 000 euros pour couvrir son budget de 500 000 euros. Actuellement, 50 % sont pris en charge par l'Etat, et 15 % par la ville. Dans deux ans, l'Accueil devrait déménager au centre-ville, rue Fritz-Kiener, et ainsi donner une raison de plus à ces anciens SDF de ne pas retourner à la rue. W