Le premier cimetière musulman public

Philippe Wendling

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Les cimetières strasbourgeois sud et nord n'abritent que des « carrés » musulmans.
Les cimetières strasbourgeois sud et nord n'abritent que des « carrés » musulmans. — G. VARELA / 20 MINUTES

Pas une concession, mais une réponse à un besoin et à un souci d'égalité. La ville et le conseil régional du culte musulman (CRCM) vont signer, ce soir, une convention portant sur la création d'un cimetière confessionnel musulman placé sous gestion publique. Il devrait être aménagé dès l'an prochain sur un terrain jouxtant l'actuel cimetière sud, à la Meinau.

Alors que dans le reste de la France, une loi interdit la séparation des cultes dans les cimetières municipaux, son élaboration est rendue possible à Strasbourg par le droit local d'Alsace-Moselle. Celui-ci stipule que dans les communes où plusieurs religions cohabitent, chacune a le droit de disposer d'un lieu d'inhumation. Si deux cimetières musulmans appartiennent déjà au domaine public, à Marseille et à Bobigny, ils résultent en réalité d'initiatives privées.

Depuis 1973, les cimetières strasbourgeois sud et nord abritent des « carrés » réservés aux sépultures de familles musulmanes. Problème, ces derniers sont saturés, tandis que les demandes augmentent. « Les jeunes générations refusent de plus en plus le rapatriement des corps de leurs parents dans leur pays d'origine, estime Driss Ayachour, président du CRCM. C'est une double souffrance pour eux, alors qu'ils ont toujours vécu ici, ou au moins plus longtemps qu'ailleurs. Disposer d'un cimetière est une grande avancée pour les fidèles, car avoir un lieu pour enterrer ses proches est un facteur de normalisation de l'islam dans la société française, un facteur de stabilité qui favorise l'intégration. »

Le culte musulman est aujourd'hui la troisième religion la plus pratiquée à Strasbourg. La municipalité estime le nombre de fidèles à environ 10 % de la population, soit quelque 27 000 personnes. « L'islam est une réalité dans la ville. Elle n'est pas une religion de l'étranger, mais celle de Strasbourgeois à part entière qui, comme les autres, ont des droits et des devoirs », explique Olivier Bitz, adjoint au maire (PS) chargé des Cultes. Outre répondre « à des demandes légitimes », la création de ce cimetière, la construction d'une grande mosquée et la réflexion menée sur l'ouverture de nouveaux lieux de culte dans les quartiers permettront aussi, selon l'élu, « de couper l'herbe sous le pied à toute radicalité ». W