« Pas le droit d'être ringard »

Sonia de Araujo Photos : GIlles VARELA

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Converse aux pieds, jean noir et chemise blanche en lin. A 58 ans, Jean- Dominique Marco a le décontracté chic et moderne. Mulhousien d'origine, le directeur de Musica, l'un des festivals de musique contemporaine les plus en vue, enchaîne, depuis 1990, les voyages et les concerts à la recherche de grandes oeuvres interprétées par de jeunes compositeurs de talent. Pour cette 27e édition, une trentaine de concerts et spectacles sont programmés à partir de demain et jusqu'au 3 octobre, dans les lieux les plus divers de Strasbourg.

Rodé à l'interview, cet ancien attaché de presse nous raconte ses débuts à la tête du festival, sans se laisser perturber par les va-et-vient de sa chienne Nana, quasi-mascotte de l'événement et apparemment grande habituée des lieux. « Quand j'ai repris les rênes de Musica, chaque obstacle semblait insurmontable tant d'un point de vue artistique, que financier. Même si le festival existait déjà depuis sept ans, il fallait faire ses preuves, pérenniser les partenaires institutionnels. » Homme de conviction, Jean-Dominique Marco oeuvre depuis l'origine pour la défense de la création musicale, notamment avec le réseau Varèse, qu'il a créé en 1999. Son dernier cheval de bataille : essayer d'attirer les étudiants aux concerts de Musica. « La musique contemporaine est déroutante et complexe. Elle ne possède pas de mélodie mais, au contraire, une part d'abstraction, une couleur. On ne peut pas l'écouter sur CD, il faut la vivre physiquement, plonger en elle. »

Aussi incollable qu'intarissable sur son sujet, Jean-Dominique Marco est parfois « cabotin », plaisante Mafalda Kong-Dumas, son « impertinente secrétaire », comme il l'appelle. Du genre à « improviser avec l'équipe un concert à la fin du festival ». Dans ces occasions, le mélomane n'hésite pas à sortir sa guitare préférée, une Fender Stratocaster de 1966, très rock'n'roll. Car c'est bien aux sons des Chaussettes noires et d'Elvis Presley, et non de Xenakis ou de Stockhausen, qu'il s'est initié à la musique. Adolescent, il faisait d'ailleurs partie d'un groupe de rock, Purple and the Pussycat. Vestige de cette époque débridée, sa collection de guitares anciennes, qu'il a immortalisée sur un objet qui ne le quitte jamais, son iPhone. Mais ce n'est pas tout, d'après Virginie Marco, une des ses trois filles, il aurait même eu « une période Doc Gynéco et Diam's... » Et lui de s'en amuser : « Je suis fliqué, je n'ai pas le droit de vieillir ni d'être ringard. » W