« Mettre un premier pied dans la police »

Philippe Wendling

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Aurore bénéficie, depuis 16 mois, de ce contrat qui s'adresse aux jeunes de moins de 26 ans.
Aurore bénéficie, depuis 16 mois, de ce contrat qui s'adresse aux jeunes de moins de 26 ans. — G. VARELA / 20 MINUTES

« Monsieur, vous n'aviez pas votre ceinture » Il est 10 h, rue des Fleurs à la Robertsau, la patrouille d'Aurore contrôle un automobiliste un peu distrait. Pour un non initié, rien ne distingue cette jeune femme de 20 ans de ses collègues. Comme eux, elle intervient sur des affaires de cambriolages, de stupéfiants, et « même une fois pour un meurtre. C'était wouahhhh, exceptionnel. » En outre, comme eux, elle affiche fièrement un logo « Police nationale » sur sa chemise et porte un pistolet à la ceinture. Petite nuance, la crosse de son arme et ses épaulettes sont bleues et non noir comme celles de ses coéquipiers. Elle n'a pas le droit d'établir un procès-verbal, de procéder à un travail de perquisition ou d'investigation. Ou bien encore, elle gagne 1 131 euros net par mois, quand ses collègues touchent au minimum 1 500 euros. Et pour cause, elle n'est pas agent de la paix, mais adjoint de sécurité (ADS) comme une centaine d'autres filles et garçons dans le Bas-Rhin. Loin d'être des « sous-policiers » pour les autorités, ils sont affectés, entre autres, à la direction de la sécurité publique ou à la police des airs et des frontières.

Mis en place en 1997 sur le modèle des emplois jeunes, le dispositif propose des contrats civils de cinq ans aux moins de 26 ans, et ce sans obligation de diplôme. Une aubaine pour de nombreux jeunes, parmi lesquels Rachid, 27 ans, originaire du quartier des Ecrivains (Hoenheim-Bischheim) qui, faute d'avoir le bac, n'a pas pu passer le concours externe d'agent de la paix. Adjoint de sécurité depuis quatre ans, il vient de réussir l'examen en interne. « Etre ADS m'a permis de mettre un premier pied dans la police, explique-t-il, de rentrer par la petite porte. » Un rêve qui a poussé Gaétan, 19 ans, à se présenter hier à un oral de recrutement. « Comme je n'ai qu'un CAP de chaudronnier, je ne peux pas devenir agent de la paix », explique-t-il. Son profil n'aura pas séduit le jury composé d'un représentant de la préfecture, de la police, de l'éducation nationale et d'un psychologue. Sur six candidats, ils n'en ont retenu que deux. Et pourtant, les places ne manquent pas. Dans le cadre du plan de relance, l'Etat vient d'accorder 80 postes supplémentaires au département, sous la forme de contrat d'accompagnement dans l'emploi. A la fin de leur contrat, plus des trois quarts des adjoints de sécurité continuent leur carrière dans la sécurité, et ce pour 50 % d'entre eux dans la police. W