C'est quoi ce « kiosque à seringues » installé à Strasbourg ?

PREVENTION Un nouveau « distributeur-échangeur » de stéribox a été installé à Strasbourg. Il permet même de recycler les seringues usagées liées à la consommation d'héroïne ou de crack

Thibaut Gagnepain
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Ce « kiosque à seringues » distribue des stéribox très simplement, contre un jeton.
Ce « kiosque à seringues » distribue des stéribox très simplement, contre un jeton. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Petite nouveauté dans le quartier de l’Elsau, à Strasbourg, un « kiosque à seringues » a été installé à un carrefour.
  • Le lieu n’a pas été choisi au hasard. « C’est un lieu de passage et de vente [de drogue] important », explique l’association Ithaque.
  • Comment fonctionne-t-il ? A quoi sert-il ? 20 Minutes vous explique tout ça.

Une grande boîte métallique d’environ 1,70 m, sur un mètre de large. Dessus, plusieurs croix vertes et un mode d’emploi. Assez simple. « Soit on a un jeton qu’on donne dans nos structures et ça distribue une stéribox ; soit on n’en a pas et on peut alors en obtenir un en mettant sa seringue usagée », détaille Gauthier Waeckerlé.

Le directeur de l’association Ithaque, une structure d’accueil, de prévention et de soins « concernant l’ensemble des addictions » à Strasbourg, ne cache pas sa satisfaction. Ce nouveau « récupérateur-échangeur », le deuxième dans la capitale alsacienne après celui installé derrière la gare (rue de Sarrelouis) il y a douze ans, devrait répondre à un besoin.

« Un outil complémentaire » à la salle de shoot

Car l’endroit n’a pas été choisi au hasard. A cet angle des rues des Imprimeurs et de la Montagne-verte, de nombreux consommateurs d'héroïne ou de crack avaient l’habitude de se retrouver. Les jardins familiaux « Grunebergbleiche » et la rivière Ill tout proches sont autant de refuges. « Comme le pont là-bas, souvent squatté », détaille Lucie, bien renseignée sur le sujet.

Et hop, une stéribox vient de sortir !
Et hop, une stéribox vient de sortir ! - T. Gagnepain / 20 Minutes

« C’était un lieu de passage et de vente [de drogue] important », résume Gauthier Waeckerlé, qui ne voit que des avantages à l’implantation de ce « kiosque à seringues ». « Il sera utilisé souvent en soirée, quand la plupart des structures sont fermées ou que les gens n’ont pas envie de s’y rendre. »

Plutôt que d’aller par exemple en pharmacie et de payer un euro la stéribox, le distributeur sera ainsi une alternative. Mais ne risque-t-il pas d’éloigner certaines personnes de la salle de consommation à moindre risque (« salle de shoot ») à côté de l’hôpital civil ? « C’est un outil complémentaire de réduction des risques. Notre objectif, c’est que les gens aient de plus en plus accès à ces outils », insiste le spécialiste. « Avec tout ça, on va vraiment vers une réduction des risques et des dommages », ajoute l’adjoint à la maire de Strasbourg chargé de la santé, Alexandre Feltz. « Avec du mauvais matériel, on peut attraper des septicémies et des tas d’autres maladies. »

« On ne trouve pas tous les types de seringues »

Seul petit souci pointé par une consommatrice en plein traitement, « on ne trouve pas tous les types de seringues » dans le kiosque. Seules les plus petites, pour les veines des bras, sont accessibles. « On peut en avoir des plus grandes dans nos lieux d’accueil », répond Gauthier Waeckerlé qui estime à environ « 1.800 à 2.000 personnes par an » le nombre de consommateurs dans la plus grande ville du Bas-Rhin.

Dont beaucoup transitaient ou restaient souvent dans ce quartier de l’Elsau. « Certains habitants déploraient de retrouver des seringues au sol et avaient des craintes », signale Hülliya Turan, l’élue référente du coin. « Là, ça devrait permettre d’en voir moins par terre. Cette mise en protection est très importante pour le quartier. » Qui doit maintenant être convaincu… « Il nous reste un gros travail de prévention pour expliquer que ça ne va pas attirer de nouveaux consommateurs ici. Ils étaient déjà là et ne seraient pas partis. Ça va juste mieux les protéger », conclut Lucie.