Avec ses protège-verres contre le GHB, une entreprise alsacienne remporte la timbale

SAFE DRINK La société alsacienne Phicogis Europe, fournisseuse de produits de prévention dont des préservatifs, a imaginé un protège-verre qu’elle vend dans toute l’Europe et au-delà. Un dispositif pour lutter contre le GHB, communément appelé drogue du violeur

Gilles Varela
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Le French Drink Guard pour se protéger du GHB. Eschau le 24 juin 2022
Le French Drink Guard pour se protéger du GHB. Eschau le 24 juin 2022 — G. Varela / 20 Minutes
  • Une société alsacienne, Phicogis Europe, l’un des deux plus gros fournisseurs de préservatifs en France, spécialisée dans le matériel de prévention contre les IST (infections sexuellement transmissibles), a conçu un modèle de protège-verre pour lutter contre le GHB, la drogue du violeur.
  • Véritable succès, Phicogis Europe en vend des milliers en Europe et même aux USA ou le Canada. Baptisé French Drink Guard, le protège-verre se présente sous la forme d’un autocollant rond, qui s’adapte à tous les verres. Une protection 100 % recyclable, à usage unique, qui se colle autour du verre en le rabattant, avec une colle agroalimentaire.
  • Suite à plusieurs signalements de GHB, la préfecture du Bas-Rhin, en partenariat avec l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie (Umih) a lancé une opération de prévention et de sensibilisation avec la distribution de 14.500 French Drink  Guard dans les établissements du Bas-Rhin.

A voir ses locaux vieillissants, un peu vides et sans aucune fioriture si ce n’est un gigantesque graphe coloré sur le mur du bureau du directeur, la société Phicogis Europe n’impressionne pas vraiment. Située à Eschau, petite commune au sud de Strasbourg, l’entreprise alsacienne compte pourtant dans le monde de la prévention contre les IST (infections sexuellement transmissibles). L’investissement de son gérant, Vincent Wernette, se trouve bien ailleurs que dans les apparences mais dans la recherche et le développement de produits de prévention.

Pour l’heure, c’est l’un des deux plus gros fournisseurs de préservatifs en France, avec une commercialisation oscillant entre 10 et 14 millions de préservatifs masculins et féminins par an. Soit « près des trois quarts du marché du préservatif de l’Hexagone », souligne Vincent Wernette. Mais aussi du gel lubrifiant, des distributeurs automatiques de préservatifs, des bouchons d’oreille, des tests d’alcoolémie, des masques chirurgicaux… Tout passe par la petite commune où cela est conditionné avant de fournir les grands groupes comme Manix ou Durex. Ce qui ne l’empêche pas de commercialiser aussi sa propre marque de préservatifs.

50.000 protège-verres fabriqués par jour

Mais depuis peu, c’est un nouveau phénomène qui le préoccupe et les débouchées sont énormes. La lutte contre le GHB, drogue du violeur, mise dans le verre des consommateurs à leur insu. Ingénieur en génie civil de formation, Vincent Wernette a donc imaginé un protège-verre dont le brevet est déposé mondialement. Un modèle qu’il a inventé et développé bien avant février dernier, alors que le gouvernement lançait tout juste une campagne de sensibilisation et de prévention auprès des jeunes et des patrons des établissements de nuit pour lutter contre les agressions aux GHB.

Dans le souci de favoriser les circuits courts, ce qui est impossible pour les préservatifs fabriqués généralement en Asie, ce protège-verre est conçu en Alsace, dans la vallée de la Moder. Dans une usine capable d’en fabriquer 500.000 par semaine. Pour parer à toute pénurie de composants (papier et polypropylène), l’ingénieur a pris les devants en signant un accord avec un pays européen. « Nous pourrons en fournir autant que nécessaire », assure le directeur qui en fait produire près de 50.000 par jour. Principalement pour l’export en Europe et spécialement à destination de « l’Espagne avec Ibiza », sourit Vincent Wernette.

Vincent Wernette de la société Phicogis Europe
Vincent Wernette de la société Phicogis Europe - G. Varela / 20 Minutes

Son protège-verre, baptisé « French Drink Guard », vient de traverser l’Atlantique pour investir le vaste marché canadien et américain où elle a un distributeur exclusif. « On passe presque tous les deux jours sur les télés », se félicite Vincent Wernette. Des négociations sont également en cours au Chili qui pourrait absorber 1,5 million d’exemplaires de la rondelle protectrice.

Le monde de la nuit intéressé, les crèches aussi

Sa société prévoit même de doubler son objectif initial de production annuel qui était d’un million d’exemplaires. Phicogis Europe pourrait bien aller au-delà de ses espérances car des négociations sont en cours pour les Jeux olympiques 2024 à Paris. Et même plus loin même car cette protection présente un autre avantage : si un verre se renverse, le liquide ne coule pas. Des crèches, des Ehpad et même une grande compagnie aérienne nationale sont intéressés.

Très facile à mettre en place, (nous avons testé), French Drink Guard se présente sous la forme d’un autocollant rond, comme un sous bock, et s’adapte à tous les verres, même aux flûtes de champagne, grâce à une prédécoupe. Une protection 100 % recyclable, à usage unique ce qui évite d’avoir à le prélaver comme d’autres modèles existants, ou de le laisser traîner au fond de sa poche. Il se colle autour du verre en le rabattant tout autour, avec une colle agroalimentaire qui ne laisse pas de traces sur le verre. Rapide à poser, reste à glisser une paille dans la croix prédécoupée et le tour est joué. De la forme d’un CD en papier, pesant à peine d’un peu plus d’un gramme, une petite boîte peut en contenir 200 exemplaires. Un produit bien entendu compatible aux normes agroalimentaires. Et cerise sur le gâteau, il est possible d’y imprimer un message de prévention, une marque de publicité, celle d’un établissement, d’un événement.

Des French drink guard pour se protéger du GHB. Eschau le 24 juin 2022
Des French drink guard pour se protéger du GHB. Eschau le 24 juin 2022 - G. Varela / 20 Minutes

C’est ce dispositif de lutte contre le GHB qui a d’ailleurs été choisi par la préfecture du Bas-Rhin, en partenariat avec l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie (Umih) pour une opération de prévention, de sensibilisation au GHB avec la distribution de 14.500 French Drink Guard dans les bars et les établissements de nuit. Car même si la préfecture n’a pu fournir « aucune donnée chiffrée consolidée » sur le nombre de victimes de la drogue du violeur dans le département, les témoignages et les signalements se sont multipliés ces dernières semaines. Seule certitude, en cette période estivale, saisons des festivités, les autorités et les responsables de bars et d’établissements de nuit rappellent que même avec une protection, il est important de rester vigilant et de surveiller son verre… pour que la fête reste belle.