Strasbourg : Avec 18 centimes de moins pour le carburant, « les Allemands aiment monsieur Macron »

POUVOIR D'ACHAT Dans les stations essences alsaciennes, notamment en bordure de la frontière à Strasbourg, nombreux sont les automobilistes « venus profiter » de la baisse de 15 à 18 centimes des carburants effective ce premier avril, notamment les Allemands

Gilles Varela
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Station essence à Strasbourg le 1er avril 2022.
Station essence à Strasbourg le 1er avril 2022. — G. Varela / 20 Minutes

Il n’est pas encore 5 heures du matin ce 1er avril. Patientant sur le parking d’une station essence bordant une voie rapide de Strasbourg, Franck, qui travaille dans une entreprise de nettoyage industriel, patiente dans un coin, moteur éteint. Pourtant il n’y a pas un chat à la pompe. Le prix des carburants ne devaient-ils pas baisser de 18 centimes aujourd’hui ? Pas de queue, pas de voitures immatriculées en Allemagne comme cela était le cas les semaines passées. Et pour cause, la borne des prix affiche encore des prix bien au-delà des 2 euros le litre…

Un mauvais poisson d’avril ? Interrogé, le pompiste fait mine de ne pas être trop au courant : « On l’a payé au prix fort mais peut-être que lors du changement d’équipe à 6 h, ils changeront les prix. » En attendant, Franck patiente dans sa voiture. « Je pensais que c’était fait depuis minuit. J’ai attendu jusqu’à la dernière goutte et là franchement, avec la baisse prévue, ça vaut le coup d’attendre, ça va large me payer mon repas de midi. » Même topo dans le centre-ville dans une autre enseigne. « Les pompes sont réinitialisées à 6 h, il faut attendre le changement d’équipe », répond aimablement le pompiste. « Il y aura bien 18 centimes de réduction ? » « Non, 15 centimes ». Pas de quoi dépiter Jacqueline, rencontrée un peu plus tard dans la matinée à une autre station. « En dessous de 2 euros avec tout ce qui se passe en ce moment, c’est quand même bien, je vais pouvoir enfin aller voir mes enfants ce week-end, explique la retraitée. » « Faut pas non plus nous prendre pour des c… ronchonne Hervé. C’est que des taxes en moins, on finira de toute façon à le payer, c’est fait pour les élections ».« C’est bien, tente un automobiliste, même si j’ai l’impression que le prix a augmenté ces derniers jours, alors la réduction se voit moins. 

Station essence à Strasbourg le 1er avril 2022.
Station essence à Strasbourg le 1er avril 2022. - G. Varela / 20 Minutes

Moins cher qu’en Allemagne

Ernst, un quinquagénaire de Kehl en Allemagne, venu spécialement faire le plein, affiche un grand sourire. « Aujourd’hui, les Allemands aiment monsieur Macron ! » assure-t-il. David, lui, il « s’en fout de la politique française ». Ce résident de Kehl, est venu profiter de ce premier jour du dispositif du gouvernement, quitte à faire la queue, comme beaucoup d’autres de ses compatriotes. Il faut dire que la station à prix bas n’est qu’à quelques centaines de mètres de la frontière. « Même si les taxes sur les carburants ont diminué en Allemagne ces derniers jours, cela reste quand même autour de 30 centimes plus cher qu’ici ! » affirme-t-il. De son côté, Philippe, un retraité strasbourgeois, « s’étonne un peu de voir les Allemands bénéficier de cette baisse de 15 à 18 centimes, "financée" par l’Etat français. » Tout en reconnaissant que cela « n’est que local » et que « ça fait quarante ans que c’est dans le sens inverse. C’est normalement moins cher en Allemagne. » Benjamin, un Franco-Allemand, ne se pose pas de question et « espère juste que ça va durer » car « ça reste trop cher quand même. Tout le monde a besoin de sa voiture », assure le jeune homme.

La file s’allonge. Aux pompes, des inscriptions sur des feuilles A4 scotchées à la va-vite demandent aux clients de payer avant de se servir. « Pour éviter les vols » nous dit-on. A la caisse, la pompiste ne chôme pas et enchaîne les transactions. « Les Allemands représentent facilement 50 % des clients aujourd'hui », détaille-t-elle. Mais pas d’inquiétude, la station avait préparé cette première journée de baisse du prix. « Les cuves sont presque pleines. Ça va aller », assure la pompiste réjouie d’une telle affluence…