Strasbourg : Sept ans après son arrivée par hasard dans la ville, un réfugié Syrien ouvre un restaurant

RECONVERSION En 2014, Hussam Khodary travaillait comme perfusionniste cardiaque dans un hôpital de Damas, avant de fuir la Syrie. Huit ans plus tard, il a complètement changé de vie en Alsace

Thibaut Gagnepain
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Hussam Khodary devant son restaurant,
Hussam Khodary devant son restaurant, — Hussam Khodary
  • Ce vendredi, un nouveau restaurant va ouvrir à Strasbourg : Damasquino. L’adresse a la particularité d’être tenue par des réfugiés syriens, Hussam Khodary et son épouse.
  • Hussam Khodary est arrivé en Alsace complètement par hasard en janvier 2015. « Je ne sais pas trop pourquoi mais dès que j’ai quitté la gare, je savais que je resterais ici. L’ambiance m’a plu », explique-t-il.
  • En 2020, il avait déjà ouvert un premier restaurant, dans le quartier de la gare, qui a fermé depuis.

Encore quelques petites installations à réaliser, des derniers détails à régler… Hussam Khodary et son épouse s’affairent. Il n’y a plus de temps à perdre : ce vendredi midi, leur restaurant Damasquino (petite Damas) ouvrira officiellement ses portes en plein centre-ville de Strasbourg.

Comme son nom l’indique, une cuisine syrienne y sera servie. « Mais avec un sentiment de France », précise vite le propriétaire des lieux, très attaché à son nouveau cadre de vie. Celui qu’il a découvert complètement par hasard, en janvier 2015, après avoir fui le régime de Bachar al Assad.

Coup de cœur à la sortie du train

Le quadragénaire se montre peu loquace quand il s’agit d’évoquer cet exode. « C’est un mauvais souvenir que j’essaie d’oublier. Le chemin était compliqué, j’étais seul », indique-t-il seulement avant de décrire son périple jusqu’en Alsace. « Je suis arrivé à Marseille puis j’ai vu Lyon et Paris en train, pour ensuite aller à Nancy. Là, grâce à un petit réseau à Damas, j’ai pu avoir une chambre. J’y suis resté quatre nuits, puis, à la Préfecture, on m’a dit de repartir à Marseille. Je ne voulais pas et j’ai pris un des billets les moins chers pour la prochaine ville. » Et c’est ainsi qu’Hussam Khodary est arrivé à Strasbourg, totalement par hasard. Et il est vite tombé sous le charme de la ville.

« Je ne sais pas trop pourquoi mais dès que j’ai quitté la gare, je savais que je resterais ici. L’ambiance m’a plu. » La suite n’a pourtant pas été toujours simple, notamment pendant ces « deux nuits passées à dormir dehors ». Ou encore lorsqu’il était contraint d’appeler régulièrement le Samu social (115) pour trouver des solutions d’hébergement.

« Puis j’ai croisé quelqu’un qui a changé ma vie », reprend Hussam, sans donner l’identité du bienfaiteur. « Il m’a invité dans sa colocation, m’a montré la médiathèque où j’allais ensuite tous les jours. J’ai rencontré plein de gens et ça m’a permis d’apprendre le français. »

Du bloc hospitalier à la cuisine

En juin 2015, grâce au regroupement familial, son épouse et ses deux filles sont à leur tour arrivées dans la capitale alsacienne. Ils se sont alors installés dans un nouveau logement et ont obtenu leur régularisation. Le début, enfin, d’une nouvelle vie apaisée ? Oui, sauf qu’Hussam Khodary a dû changer de voie. Fini son métier de perfusionniste cardiaque en bloc opératoire, « il fallait sept ans d’études pour avoir une équivalence. » Alors le natif de Damas s’est lancé dans la cuisine, « une passion » qui l’habite depuis qu’il est « tout petit ».

Là encore, rien n’a été simple. Sa première expérience, il l’a trouvée… sur l’île de la Réunion « pendant quatre mois et demi, en 2016 ». Avant trois participations au Refugee Food festival, à Strasbourg, qui lui ont ouvert quelques portes. Comme celles de ce restaurant du quartier de la Krutenau « pendant un an et demi ». « Mais j’avais le rêve d’avoir mon propre travail », reprend Hussam Khodary dans un français quasi parfait.

Rebondir après un premier échec lié à la pandémie

Il abandonne rapidement l’idée d’un food-truck, « car il y avait beaucoup de contraintes administratives », et ouvre en mars 2020 un premier Damasquino, dans le quartier de la gare. En mars… tout juste avant le confinement. En avril 2021, l’adresse ferme « car même si ça marchait bien, le loyer était trop élevé ».

Près d’un an plus tard, voilà le couple à la tête de la même enseigne, mais à un autre endroit, dans l’hypercentre de la ville, rue du Jeu-des-Enfants. « Maintenant, je connais mieux les dossiers, j’ai beaucoup appris », assure le chef, qui a lancé une cagnotte sur Ulule afin de boucler le financement de son projet.

La petite salle du restaurant, où peuvent manger 10 personnes.
La petite salle du restaurant, où peuvent manger 10 personnes. - Hussam Khodary

Dans son nouvel établissement, il va servir mezze, falafel, riz et autre caviar d’aubergine dans des bocaux. Ou alors directement dans les contenants de ses clients. « J’aime beaucoup cette idée », s’amuse-t-il. Cette fois, il a privilégié une toute petite salle, avec dix places à l’intérieur, et autant en terrasse. « Je veux partager mes propres souvenirs et mon falafel de Proust », image encore Hussam Khodary comme une nouvelle référence à son biculturalisme. « Je m’adapte à la France ».