Alsace : Les anti-nucléaires remettent un coup de pression sur le projet de « technocentre » prévu à Fessenheim

ENERGIE Cinq associations ou collectifs anti nucléaire ont signé un communiqué pour dénoncer la publication au Journal officiel de deux décrets et d’un arrêté, sorte de feu vert donné à la création d’un technocentre, « un haut-fourneau pour métaux radioactifs », sur le site de la centrale de Fessenheim

Gilles Varela
Illustration de la centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008
Illustration de la centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008 — G. VARELA / 20 MINUTES

A Fessenheim dans le Haut-Rhin, l’ère "postnucléaire" depuis la mise à l’arrêt il y a deux ans de la centrale nucléaire, semblait suivre un long fleuve tranquille. Entre démantèlement et projets d’avenir, le site ne trouvait plus guère d’échos sur la scène nationale jusqu’à la déclaration à Belfort d’Emmanuel Macron sur « la renaissance du nucléaire français ». Puis dans la foulée de la publication de deux décrets et d’un arrêté le 15 février au Journal officiel (JO) et qui ouvriraient grand les portes à la mise en place du projet « technocentre » de Fessenheim, sur le site de l’ancienne centrale. Publications « en toute discrétion » selon cinq associations « résolument opposées à tout nouveau projet nucléaire en Alsace ».

« Sans débat avec les élus »

Très remontées, Stop Fessenheim, Stop Transports Halte au Nucléaire, Alsace nature, le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin ou bien encore le collectif Les citoyens vigilants des environs de Fessenheim, dénoncent dans un communiqué commun ces publications au JO. Publications qui seraient une « dérogation au code de l’environnement » passée « sans débat avec les élus », permettant au gouvernement « d’échapper à la loi commune ».

Ils rappellent que derrière l’appellation « technocentre », se cache en réalité « un genre de haut‐fourneau pour métaux radioactifs ». Plus précisément, « deux fours à fusion permettant de fondre les métaux et les déchets de très faible activité (TFA) radioactifs issus des démantèlements de structures nucléaires » puis « après décontamination partielle et contrôle, de les vendre à l’industrie sans aucune traçabilité. » Ils rappellent qu’il s’agirait de fondre à Fessenheim « près d’un million de tonnes d’acier TFA radioactif provenant de la France entière », assurent les associations.

« Un signal positif pour le territoire »

Un projet qui séduit bien au contraire le maire de Fessenheim Claude Brender. Questionné par 20 Minutes, ce dernier se veut rassurant : « Le technocentre n’a rien à voir avec une centrale nucléaire. Ce n’est même pas surveillé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il n’y a aucun danger éventuel de transport, rien à voir avec du combustible, on est vraiment sur du recyclage, sur quelque chose de vertueux, sur de l’économie circulaire plutôt que d’encombrer inutilement des centres de stockage ».

L’élu voit en ces publications au Journal officiel « un signal positif pour le territoire. Un signal de réindustrialisation après dix ans où l’on nous parle de fermeture, de perte d’emploi »… Même s’il reste très déçu du président de la République qui n’a pas mentionné le site de Fessenheim dans les futurs projets nucléaires français. Le technocentre, ce n’est en sorte « qu’un lot de consolation, ce n’est pas suffisant et pas à la hauteur de l’enjeu de la reconversion du site de Fessenheim », regrette le maire.

Ce projet de technocentre est « prévu depuis longtemps, rappelle Claude Brender. Il y a un calendrier, cette évolution réglementaire était indispensable pour qu’il puisse se faire et que le métal puisse être retraité et remis sur le marché. Maintenant, une décision pour confirmer le choix du site de Fessenheim devrait être prise en tout début 2023, pour une mise en service en 2031 ».

De quoi raviver aussi l’espoir du maire de voir le site de Fessenheim accueillir « le tout premier SMR, (une petite centrale), d’être un site démonstrateur, un site pilote qui fonctionne et qui soit aussi sa vitrine à l’export. » Un SMR qui pourrait d’ailleurs « être couplé. On peut imaginer aussi, en parallèle, développer une production d’hydrogène qui bénéficierait de l’eau chaude du SMR », ambitionne l’élu.

Une proposition de « site pilote » qui sera sans nul doute le cheval de bataille des associations et collectifs qui déclaraient, il y a peu encore, refuser « que le nucléaire, qui était sorti d’Alsace par la grande porte, y revienne par la fenêtre. »