Consultation sur la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est : Grande région « artificielle » ou « repli sur soi », les internautes témoignent

VOTRE VIE VOTRE AVIS Sollicités par « 20 Minutes », les internautes s’expriment sur le résultat de la consultation citoyenne lancée par la Communauté européenne d’Alsace (CEA) donnant à plus de 92 % le « oui » à la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est

Gilles Varela
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La CEA à Colmar et le logo de l'Alsace
La CEA à Colmar et le logo de l'Alsace — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • « 20 Minutes » a demandé à ses lecteurs ce qu’ils pensaient du « oui » massif à la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est obtenu par la consultation citoyenne lancée par la CEA il y a deux mois.
  • Si majoritairement ils se disent très satisfaits, nombreux aussi sont ceux qui doutent de la légitimité d’un résultat obtenu avec peu de votants ou de son intérêt.
  • D’autres encore regrettent tout simplement un choix « égoïste », de « triste repli sur soi ».

« C’est un « oui » sans appel à 92,4 % » pour la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est, s’est réjoui lundi Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). Un résultat « impressionnant » annoncé officiellement après une consultation citoyenne de deux mois lancée à son initiative en décembre dernier. Sollicités par 20 Minutes, de très nombreux internautes se sont confiés, parfois très longuement, sur ce qu’ils pensent du résultat de cette consultation. Il en ressort que le sujet passionne mais divise toujours.

La légitimité de la consultation

Pour ou contre, plusieurs internautes comme Gérard, s’interrogent d’abord sur la légitimité même de cette consultation et dénoncent une « manipulation politicienne ». Rappelant le référendum en 2013 défavorable à la réunion des deux départements, Gérard reproche « ce passage en force ». D’autres relèvent aussi la faible participation (169.000) sur 1,9 million d’habitants que comptent les deux départements alsaciens et espèrent, comme Simone, qu’ils « n’auront pas l’aval de Paris pour faire passer cette demande ».

Myriam et bien d’autres critiquent quant à eux la communication faite autour de cette consultation pour « un vote qui finalement ne ciblait que les Alsaciens qui voulaient sortir du Grand-Est. » « Difficile d’imaginer un taux de plus de 90 % sur un panel représentatif d’une population quelle qu’elle soit, poursuit Myriam. Dommage, car plus neutre, le résultat aurait pu être intéressant et exploitable. » Un sentiment d’illégitimité que chiffre André qui indique que seulement 7 % des Alsaciens ont voté. Pire encore, Etienne dénonce un « vote populaire » qui « n’intéresse quasiment que ceux qui veulent dire oui » et qui « n’apporte rien ». « Qu’est-il proposé en contrepartie du oui ? Rien de clair, assure l’internaute. Sortir du Grand-Est ne constitue pas un projet. Un projet, cela doit être de construire quelque chose. »

Une sortie qui va « dans le sens de l’histoire »

Une légitimité contestée, mais surtout une large majorité d’internautes qui se disent favorables à la sortie du Grand-Est. Principal argument avancé, le « particularisme » de l’Alsace. « Notre région a une histoire qui a d’ailleurs fait qu’on se soit retrouvé écrasés entre la France et l’Allemagne durant trois guerres, explique Magali. L’Alsace a sa culture, ses spécificités, que la France a déjà essayé d’effacer par le passé et que beaucoup d’Alsaciens souhaitent préserver. » La culture, et donc la langue qui « pourrait être en danger » si l’Alsace restait « diluée » dans la grande région : « savoir parler le dialecte a par le passé favorisé le lien avec nos voisins allemands et suisses alémaniques dont les traditions et la culture sont proches. Dont nous sommes cousins », explique Sylvia.

Tout au plus, quelques internautes conçoivent éventuellement une région incluant la Moselle. Ses habitants « partagent une même période historique, presque récente, avec un même particularisme : le code local lié à l’annexion de ces trois départements par l’Allemagne au XIXe siècle, ainsi que la non-abrogation du concordat », souligne Jean. Histoire, culture, mais aussi tout simplement le rejet de la grande région jugée, « artificielle », regroupant des « entités géographiques différentes ayant des besoins et des atouts bien trop différents pour obtenir une région cohérente ». Une incohérence mais aussi la crainte pour certains « qu’il y ait des laissés-pour-compte, des zones isolées ».

« Un triste repli sur soi »

Des avis bien tranchés que ne partage pas Jacques, pourtant Alsacien. « Quand en finira-t-on avec « l’exception alsacienne » ? questionne l’internaute. Geneviève et bien d’autres regrettent que ce « oui » massif témoigne d’un « repli sur soi ». D’une « courte vue », d’un « manque d’ouverture » ou même « d’un signe fort de nationalisme et d’égoïsme, voire d’arrogance vis-à-vis de ses voisins »…

« Où donc est-il question de solidarité, d’échanges, de découvertes de l’autre et des autres ? Triste image que renvoient les habitants de cette région où j’habite aussi », conclut une internaute. Tout comme Quentin qui regrette un choix « antisocial » et craint que l’Alsace ne montre « à d’autres qu’il est possible d’abandonner les départements plus pauvres afin de rester entre gens plus aisés », et donc la fin des subventions. Enfin, d’autres comme William rappellent l’importance de « donner encore sa chance à la région Grand-Est. Il faut avancer avec les grandes régions, elles ne sont pas encore parfaites mais elles vont dans le bon sens. Le retour à l’Alsace, c’est fermer des frontières et des opportunités ».