Alsace : Pourquoi les cigognes restent de plus en plus dans la région en automne et en hiver

CLAC CLAC CLAC Les célèbres échassiers sont visibles depuis une dizaine de jours dans le ciel alsacien. Certains sont de retour de migration mais d'autres ne sont pas partis bien loin...

Thibaut Gagnepain
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Une cigogne sur le toit de l'église d'Eguisheim.
Une cigogne sur le toit de l'église d'Eguisheim. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Les cigognes distillent de nouveau leur « clac, clac, clac » dans le ciel alsacien depuis mi-février. Sont-elles en avance cette année ? Non !
  • Les célèbres échassiers ne sont plus aussi vagabonds qu’avant… Finies les grandes migrations par le détroit de Gibraltar et les hivers au chaud au Niger, Mali, Nigeria etc.
  • « Des bandes vagabondes de cigognes blanches s’installent sur les bords du Rhin. Tout simplement là où elles trouvent de la nourriture », explique Yves Muller, le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Alsace.

Elles sont là ! Depuis une dizaine de jours, les cigognes voltigent de nouveau dans le ciel alsacien. Pas besoin d’être fin observateur pour les apercevoir. Ici à Colmar, là à Strasbourg ou encore dans l’un des plus beaux villages de France, Eguisheim. « J’en ai aussi vu plusieurs à Neuwiller-lès-Saverne, dans le nord du Bas-Rhin », témoigne Yves Muller.

Le président régional de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) n’est pas surpris. C’est simplement la saison ! « Tous les ans, les journalistes croient qu’elles reviennent de plus en plus tôt. Mais ça se passe toujours vers mi-février », s’amuse-t-il. « Pour celles qui partent. »

Car les célèbres échassiers ne sont plus aussi vagabonds qu’avant… Finies les grandes migrations par le détroit de Gibraltar et les hivers au chaud au Niger, Mali, Nigeria etc. « Depuis plusieurs années, on remarque qu’elles vont moins loin », reprend le spécialiste. « Elles vont souvent dans le sud de la France, en Espagne, voire dans le nord du Maroc. »

Près du Rhin ou des décharges

Certaines ne bougent même plus du tout. Ou plus beaucoup, quitte à rester en Alsace malgré le froid de l’automne et de l’hiver. « Des bandes vagabondes de cigognes blanches s’installent sur les bords du Rhin. Tout simplement là où elles trouvent de la nourriture. » Loin de leur nid donc mais proches des rongeurs, amphibiens, lézards dont ces carnivores se nourrissent.

Pire, d’autres s’implantent à proximité… de décharges à ciel ouvert. « Où elles trouvent des restes alimentaires, des souris, des rats dont elles sont friandes », détaille encore Yves Muller, dont les services ont procédé à un comptage précis des échassiers noir et blanc l’an dernier.

Résultat ? Les Haut et Bas-Rhin sont bien les départements qui comptent le plus de cigognes, avec respectivement 559 et 860 couples recensés. Contre 488 en Moselle sur un total de 2170 duos dans le Grand-Est. Un record alors que l’espèce avait quasiment disparu des radars il y a une cinquantaine d’années. En 1974, il ne restait ainsi plus que neuf couples nicheurs en Alsace, et un dixième sur l’ensemble du territoire français.

Les opérations de protection et de réintroduction ont depuis mené leurs fruits. La preuve, l’association pour la protection et la réintroduction des cigognes en Alsace Lorraine (Aprecial) s’est même autodissoute en 2016, sa mission remplie. Reste une question : les cigognes vont-elles devenir, à terme, trop nombreuses ?

« Je ne dis pas qu’il y en a trop », répond le président de la LPO Alsace. « Mais depuis 2001, nous avons alerté sur le fait qu’il fallait arrêter l’élevage et le relâchement. Aujourd’hui, il n’y en a plus et c’est la nourriture qui va devenir le facteur limitant du développement de la population. S’il n’y en a pas assez, elle va se réduire. »

Il y a un peu de marge. En moyenne, un couple donne naissance à deux cigogneaux « mais ça peut monter à 3, 4, 5 ». Le ciel alsacien n’a pas fini de se faire l’écho de « clac, clac, clac ».