Alsace : « Kjökkenmödding », « phlox »… Les « bizarreries » de la langue française répertoriées dans un livre par un étudiant strasbourgeois

DANS LE DICO Mickaël Schauli a lui-même écrit et édité l’ouvrage baptisé « Le Kjokk », une initiative qui lui a valu les félicitations du ministère de la Culture

Luc Sorgius
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Mickaël Schauli est l'auteur de l'ouvrage « Le Kjokk », qu'il a lui-même édité.
Mickaël Schauli est l'auteur de l'ouvrage « Le Kjokk », qu'il a lui-même édité. — Mickaël Schauli

Lorsqu’il voit apparaître le mot « Kjökkenmödding » sur son écran d’ordinateur, Mickaël Schauli bugue. Littéralement. Nous sommes au début de l’année 2021, et le jeune homme de 19 ans est alors en pleine partie de « BombParty », « un jeu dans lequel il faut trouver des mots à partir d’une syllabe donnée ». Intrigué, il lance une recherche sur Internet et découvre qu’il s’agit d’un mot bien français : « C’est le mot utilisé pour décrire un amas de coquilles ou de coquillages ! »

Fort de cette découverte, l’étudiant domicilié à Wolschheim (Bas-Rhin), à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, commence à faire une liste de toutes les bizarreries de la langue française : « J’ai écrit une dizaine de pages au bout d’une journée… » Puis, chemin faisant, « assez pour écrire un livre ».

En auto-édition

Un an plus tard, Mickaël Schauli est le fier auteur du « Kjokk », un ouvrage de 210 pages (20 euros) regroupant des mots tels que « niquedouille » ou « phlox ». « Quand j’ai eu l’idée d’en faire un livre, je me disais d’abord que ça allait être une épreuve, mais en fait, ce n’est pas si difficile que ça », confie cet étudiant qui aspire à devenir professeur des écoles.

Le projet a abouti en septembre 2021, mené de bout en bout par le jeune homme. Littéralement, encore une fois : « J’ai auto-édité le livre, de la recherche d’une imprimerie en passant par la logistique et la distribution. » Sur les 900 ouvrages déjà imprimés, Mickaël Schauli en a encore une cinquantaine chez lui en stock : « Depuis octobre dernier, je travaille avec Amazon qui imprime et distribue le livre sur la plateforme. Mais il y a encore beaucoup de gens qui me contactent parce qu’ils ne veulent pas passer par le site. »

Avec « ce très grand pari », l’Alsacien pensait d’abord que la diffusion de son livre allait se limiter « aux proches, aux amis et à la famille ». Six mois plus tard, il a réussi à s’attirer les grâces du ministère de la Culture : « J’ai d’abord reçu une invitation pour une visioconférence. Au début, je me suis demandé ce que j’avais fait de mal (rires). Au contraire, ils m’ont posé plein de questions et m’ont félicité ! »

« Je ne pensais pas que ça allait prendre cette ampleur ! »

Le voici désormais en partenariat étroit avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Mickaël Schauli n’en revient toujours pas : « En janvier, j’ai même eu droit à une rencontre au ministère. C’était… waouh ! C’est un aboutissement, mais ce n’était pas du tout l’objectif initial, je ne pensais pas que ça allait prendre cette ampleur ! »

En véritable touche-à-tout, et entre deux promos pour son livre, le Wolschheimois est passé à l’antenne dans le jeu de TF1 « Les 12 coups de midi », lors d’un épisode diffusé à la mi-janvier : « Le monde de la télévision me passionne, et comme je suis un grand curieux et un grand passionné de culture, je me suis inscrit au casting… Et j’ai été pris ! » Malgré une défaite en finale, il ne retient que le positif : « J’ai gagné un beau voyage ! »

Les bénéfices reversés aux écoles du secteur

L’occasion pour lui de souffler après cette année folle ? « C’est vrai que je suis fatigué, mais je ne peux qu’être fier. Tous les chemins que ce livre ouvre, c’est incroyable ! » En attendant de prendre le large, Mickaël Schauli, qui a pu réaliser son projet grâce au financement participatif « sans mettre un seul euro de [sa] poche », continue de faire le tour des écoles de son secteur : « Je me suis engagé à verser tous les bénéfices pour mener des actions caritatives dans les écoles du coin. Je contacte les associations de parents d’élèves et je leur donne de l’argent en fonction de leur besoin. »

Altruiste et généreux, le Wolschheimois est surtout reconnaissant : « C’est du pur plaisir. » Au point d’envisager d’ores et déjà un deuxième opus : « J’ai encore beaucoup de mots en stock ! »