Coronavirus à Strasbourg : Le Covid-19 ne change pas les habitudes des transfrontaliers allemands

REPORTAGE Les déplacements entre Strasbourg et la ville frontalière de Kehl se poursuivent malgré l’épidémie de coronavirus

Luc Sorgius
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A Kehl (Allemagne), l'épidémie de Covid n'a presque pas altéré les habitudes de déplacement vers la ville voisine de Strasbourg.
A Kehl (Allemagne), l'épidémie de Covid n'a presque pas altéré les habitudes de déplacement vers la ville voisine de Strasbourg. — Luc Sorgius

Calme plat ce jeudi dans les rues de Kehl. Pour la petite ville allemande située face à Strasbourg et habituée au ballet des consommateurs français pour des courses à moindre coût, la scène est inhabituelle. Une conséquence de la flambée du  Covid-19 qui n’épargne pas non plus  l'Allemagne ? Du tout. Ce jeudi, jour de l’Epiphanie, est férié dans la région du Bade-Wurtemberg. Dans cette commune de 36.000 habitants, souvent désignée comme le prolongement de Strasbourg de l’autre côté du Rhin, la vie suit son cours comme si de rien n’était. Ou presque.

Helga Rautmann vit à Kehl depuis douze ans. Elle avait ses habitudes en France, mais depuis mars 2020, elle y va « plus rarement ». « D’habitude, je vais au marché de Noël de Strasbourg, mais cette année, je n’y suis pas allée. » Pas question pour autant de juger la façon dont la crise est gérée de l’autre côté du Rhin. « Tout le monde souffre du Covid. »

Kehloise depuis toujours, Ingrid Klein estime que « même s’il y a plus de cas en France qu’en Allemagne, la situation est similaire ». De son point de vue, il y a « toujours autant de Français qui viennent à Kehl, pour le travail notamment ». En revanche, elle avoue s’être « beaucoup moins rendue à Strasbourg cette année, à cause du Covid ».

Des distances de sécurité non respectées dans les transports français

La quinquagénaire cite l’exemple du maintien du marché de Noël de Strasbourg, alors que ceux en Allemagne ont tous été annulés. « C’est un non-sens de faire ce genre de manifestations dans cette situation. » Il y a aussi ceux pour qui la flambée du Covid-19 n’a pas modifié les habitudes. C’est le cas de Roger Georger : « Je vais toujours à Strasbourg pour me promener, la culture, et même regarder des matchs de foot ! Je vois la situation de manière positive. En France, on nous demande toujours le pass sanitaire, les contrôles sont stricts. Je n’ai pas un mauvais sentiment quand je vais en France, au contraire. »

Seul bémol selon lui, les distances de sécurité dans le tram qui ne sont pas respectées. « C’est quand même un critère qui devrait être contrôlé de manière plus stricte », observe le Kehlois de 57 ans. « Quand le tram est bondé, c’est négatif sur le plan sanitaire. » Ce qui, ajoute-t-il, ne l’empêche pas de badger pour rejoindre la capitale européenne.

« Mieux vaut rester dans son jardin ! »

Un chemin qu’a fait Ivo Hristov pas plus tard que la semaine dernière, afin de rejoindre des amis dans un complexe de loisirs en Alsace. S’il se réjouit de « la fin des contrôles à la frontière, ce qui n’était pas très agréable l’année dernière », le Kehlois avoue avoir été surpris par « le nombre de gens sans masque » de ce côté-ci de la frontière. « Les mesures n’étaient pas très respectées. Honnêtement, dans cette situation, c’était inapproprié. »

De son côté, Mohammed Ben Amar, habitant à Kehl depuis trente ans, se veut philosophe : « Peu importe dans quel pays on se trouve, il faut en respecter les règles. Ce qu’il se passe en France ne nous regarde pas. Nous, en tout cas, on ne fait pas de conneries là-bas. (rires) » Avant d’ajouter, dans un nouvel éclat de rire : « Quand j’ai du temps libre, je vais en France avec mes enfants. Mais pour les vacances, au vu de la situation, mieux vaut rester dans son jardin ! »