L'artiste Alsachérie s'expose à pile ou face

Sonia de Araujo

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Tantôt Pierre Frænkel, tantôt Alsachérie, un jour photographe, l'autre peintre, le Mulhousien diplômé des Beaux-arts de Paris aime brouiller les pistes : « Je n'ai pas encore réussi à me décider entre ces deux noms. On peut aussi m'appeler Alsa... » Une duplicité que l'on retrouve dans les oeuvres exposées jusqu'au 2 mai à l'Espace Insight, entre glamour postmoderne et kitsch-catho.

Dès l'entrée dans la galerie, on est irrésistiblement attiré par ses peintures représentant de jeunes filles en fleur. Sirènes ou diablesses, ces pin-up inspirées du manga sont devenues la marque de fabrique d'Alsachérie. Peintes puis collées sur les murs mulhousiens ou strasbourgeois, « ses filles » - comme il les appelle - n'ont rien perdu de leur glamour mais sont dorénavant porteuses d'un message. Dans la série Asia 03, présentée à l'Espace Insight, les belles se retrouvent habillées des gros titres de journaux : « Jusqu'où va aller la crise financière ? » « Les troupes américaines débarquent en Afghanistan ». « Le graphisme ne suffisait plus, j'ai eu besoin des mots pour m'exprimer. Pour autant, il ne s'agit pas ici d'énoncer des certitudes mais plutôt d'interroger le passant sur l'actualité. Les pin-up d'ailleurs sont là pour nous jauger et nous dire : "Alors que faites-vous de ce message ?" »

De l'autre côté de la salle et dans une facture plus classique, une photographie agrandie sur papier laisse perplexe. Elle est signée cette fois-ci Pierre Frænkel. Une jeune femme prie, les mains jointes, en signe d'adoration. Le cliché, intitulé Sainte Péguy, est issu de sa recherche « Apparitions : Ne nous reste-t-il plus qu'à prier ? » Recherche qui sera exposée non pas en pleine rue mais dans un lieu propice au recueillement, la chapelle Saint-Quirin à Sélestat.

L'inspiration religieuse est finalement ce qui fait la touche de l'artiste. Et il ne craint pas le kitsch catholique : ici, la dentelle de papier des images pieuses d'autrefois auréole le visage d'une pin-up. Là, une miss arbore en pendentif un coeur entouré d'une couronne d'épines. « Dans mes oeuvres, qu'elles soient signées Alsachérie ou Pierre Fraenkel, le propos est le même : nous avons besoin de croire, croire en soi et en autrui. » W