Coronavirus à Strasbourg : Au marché de Noël « il faut jouer le jeu ou alors on ferme »

EPIDEMIE Au lendemain de l’annonce par la préfecture du Bas-Rhin du renforcement des contrôles et de l’application des sanctions sur le marché de Noël de Strasbourg, commerçants et visiteurs, conscient de l’enjeu, s’appliquent à ce que la fête puisse continuer

Gilles Varela
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Illustration. Dans les allées du marché de Noël de Strasbourg le 26 novembre 2021.
Illustration. Dans les allées du marché de Noël de Strasbourg le 26 novembre 2021. — SEBASTIEN BOZON AFP
  • La préfecture a constaté, lors de ce premier week-end du marché de Noël, à Strasbourg, que les règles n’étaient « pas assez respectées » et appelé à un respect des gestes barrières.
  • Au lendemain de cette annonce, commerçants des chalets et visiteurs affirment jouer le jeu et faire leur possible pour que la fête puisse continuer jusqu’au 26 décembre, comme prévu.

Malgré un vent glacial qui se glisse entre les gouttes d’une météo pluvieuses, les visiteurs au marché de Noël de Strasbourg sont au rendez-vous. L’ambiance y était même plutôt bonne lors de ce premier week-end des festivités. Problème, avec la propagation du virus de Covid-19 et son invité de Noël Omicron, la fête pourrait tourner court. Alors pour éviter une éventuelle fermeture du marché de Noël, les autorités veillent et autant le dire que de ce côté-là, il n’y a pas de cadeau dans la hotte de la préfecture.

Et la sentence ne sait pas attendre. Dès lundi, la préfète Josiane Chevalier a été formelle. Des sanctions vont tomber si les choses ne changent pas, avec des avertissements pour les chalets, voire une fermeture, et, après une période de pédagogie qui s’achève, des amendes à 135 euros pour les visiteurs en dehors des clous.

« On fait attention et c’est en plein air, ça ne craint rien »

La représentante de l’État et ses services auraient constaté que les règles n’étaient « pas assez respectées », notamment en ce qui concerne les zones de restauration où l’on doit pourtant se rendre afin de boire un verre ou déguster un petit encas acheté dans les chalets du marché, sous présentation d’un pass sanitaire rendu obligatoire. Elle pointe aussi le manque d’information, de signalisation des zones réservées et s’est adressée à la ville pour y remédier.

Des contraintes qui n’ont pas dissuadé une famille de Bayonne : « On a hésité pour annuler avec ce qui se passait ces derniers jours, mais finalement le pass sanitaire nous a rassurés et on a bien pris le train pour Strasbourg », confie le chef de famille. Un sentiment tout à l’inverse de celui ressenti par Thibaut et ses trois amis, qui boivent un petit verre en douce dans une des allées de la place Broglie : « On sait qu’on n’a pas le droit. On nous regarde de travers, un peu comme des pestiférés, regrette le trentenaire. Mais je n’ai pas le pass, j’attends ma deuxième injection alors c’était ça ou rien », explique le visiteur venu de Nancy. « On fait attention et c’est en plein air, ça ne craint rien », croit savoir son ami.

Une zone de restauration sur le marché de Noël de Strasbourg le 30 novembre 2021
Une zone de restauration sur le marché de Noël de Strasbourg le 30 novembre 2021 - G. Varela / 20 Minutes

Si le masque est très majoritairement porté comme nous avons pu le constater, il reste vrai également qu’aux moments de forte affluence, des petits groupes gobelets en main se forment devant les chalets. Et il n’est pas rare de voir à la nuit tombée des visiteurs déambuler masque baissé dans les allées du marché, pour consommer leur breuvage, ce qui est interdit. Et c’est bien ce qui exaspère la préfecture. Certains chalets laisseraient trop facilement les clients boire un verre de vin chaud devant leur stand au lieu de leur indiquer la zone qui leur est réservée.

« On n’a pas le choix, il le faut »

Les commerçants rencontrés au lendemain de l’annonce de la préfète affichent au contraire beaucoup de sérénité. Aucun problème pour Dorothée, qui vend du vin chaud place du Temple Neuf. Elle souligne devoir jouer le jeu : « Il le faut bien, il n’y a pas le choix et les gens le comprennent très bien. L’année dernière on était fermé. Ça prend juste une petite minute supplémentaire par client pour leur expliquer où ils peuvent aller consommer leur boisson. Mais c’est vrai que c’est moins chaleureux que d’avoir des clients autour du chalet, comme avant. L’ambiance est moins conviviale, comme partout depuis le Covid. »

Le marché de Noël est de retour à Strasbourg en 2021, et les masques sont obligatoires en centre-ville.
Le marché de Noël est de retour à Strasbourg en 2021, et les masques sont obligatoires en centre-ville. - Luc Sorgius

« Jouer le jeu », c’est aussi ce qu’assure Mickaël, louche à vin chaud en main dans son stand au pied de la cathédrale ou bien encore Ishan, un autre commerçant, qui assure donner les informations aux clients. « Après, s’ils restent, c’est à la police de régler ça. C’est ça ou on ferme, alors bien sûr qu’on les informe, même si ça peut être difficile quand il y a beaucoup de monde, mais on le fait et ils acceptent facilement. » Un autre commerçant est moins confiant : « Sur le papier, c’est beau, mais en pratique c’est difficile. Je leur dis de ne pas rester devant, mais quand il y a trop de monde, je n’ai plus le temps de faire la police. Ou alors il faut que j’arrête tout. Ils devraient mettre un médiateur par allée quand il y a trop de monde. Ça vaudrait le coup. »

Passant devant son stand, verres en main, trois quinquagénaires venus de Toulouse sont à la recherche d’une zone de restauration, « pas facile à trouver. » « Et on n’a pas fait toute l’Alsace encore !  », s’amusent-ils avant de tomber par hasard sur le Graal et de s’installer : « Là, on est bien ! »