Strasbourg « envoie un signal » en durcissant encore sa réglementation sur les locations de meublés touristiques

LOGEMENT Strasbourg a pris de nouvelles mesures pour que les logements meublés touristiques reviennent dans le parc locatif classique

Thibaut Gagnepain
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De nombreuses locations saisonnières peuvent être trouvées dans le quartier de la Petite France.
De nombreuses locations saisonnières peuvent être trouvées dans le quartier de la Petite France. — Pixabay
  • Y a-t-il trop de locations de meublés touristiques à Strasbourg ? La question se pose depuis des années dans la capitale alsacienne.
  • L’Eurométropole vient de prendre de nouvelles mesures en durcissant la réglementation autour de ces logements accessibles depuis Airbnb et d’autres plateformes.
  • Une décision qui plaît aux restaurateurs-hôteliers, mais pas à tout le monde.

« Superbe duplex vue cathédrale », « chambre en plein cœur de la Petite France »… Quelques annonces de locations sont encore visibles sur Airbnb. Plus beaucoup avec le marché de Noël, car les meublés de tourisme devraient une nouvelle fois faire le plein à Strasbourg.

La capitale alsacienne compte aujourd’hui environ 2.300 logements de ce type, soit 8.000 lits sur les 39.000 accessibles en comptant l’hôtellerie classique. Des chiffres de la mairie à prendre avec prudence car certains propriétaires ne déclarent pas leurs locations. Sans compter ceux qui les monétisent moins de 120 jours par an et dont les logements ne sont pas considérés comme des meublés touristiques.

Comment réglementer tout ça ? Depuis le développement de Airbnb et de ses concurrents, à la fin des années 2000, le sujet est compliqué. Aussi bien au niveau national que local, les collectivités devant percevoir la taxe de séjour. « Le cadre législatif reste trop permissif même si la loi Elan [2018] nous a permis de mieux contrôler et poursuivre », résume le premier adjoint à la ville de Strasbourg, Syamak Agha Babaei.

Dans son viseur ? Les personnes qui possèdent de multiples locations de ce type et en ont fait leur métier. Loin de l’image originelle du particulier qui propose une chambre pour arrondir ses fins de mois. « Environ 80 % du chiffre d’affaires de ces plateformes est réalisé par 20 % de professionnels. Certains peuvent avoir 20, 25 logements et on sait très bien qu’il y a des hôtels clandestins. Ce sont contre ces personnes-là qu’il faut se battre », lance Pierre Siegel.

Le président de l’Union des métiers et industrie de l’hôtellerie (Umih) de Strasbourg appelle à des « contrôles renforcés » et salue donc l’une des dernières décisions de l’Eurométropole. Au dernier conseil du 19 novembre, il a été voté à l’unanimité un durcissement de la réglementation sur le sujet. Avec trois mesures : la part consacrée au logement non touristique ne devra plus être inférieure à 60 % de la surface totale d’un immeuble, contre 50 % auparavant ; un seul changement d’usage pour un meublé de tourisme sera toléré par personne physique (au lieu de deux précédemment, comprendre qu’un propriétaire ne pourra plus passer qu’un de ses appartements en meublé de tourisme) ; enfin, la durée de location en meublé touristique passe à 6 ans, à la place des 9 ans jusqu’ici en vigueur.

Seulement deux agents pour contrôler…

« On envoie un signal et on se donne des moyens supplémentaires pour réguler », résume Syamak Agha Babaei, néanmoins conscient des limites de ce nouveau tour de vis municipal. D’abord car il ne s’applique qu’à toutes les nouvelles locations qui solliciteront une autorisation municipale. Ensuite car les éventuels abus pourront difficilement être découverts. « Nous n’avons que deux agents assermentés qui peuvent le faire. Il faudrait un service plus important, nous le savons. »

En attendant, l’agglomération strasbourgeoise espère surtout que ces nouvelles règles permettront de limiter le détournement des logements traditionnels en meublés locatifs. La ville les estime à environ 200 à 300 par an actuellement. Contre 400, il y a quelques années. « Répondre aux besoins de logements de la population commence par la lutte contre ces détournements. Le durcissement du règlement doit ainsi permettre de préserver l’accès au logement aux familles, notamment dans le centre de Strasbourg », écrit dans un communiqué la vice-présidente de l’Eurométropole en charge de l’habitat, Suzanne Brolly.

Une déclaration qui ne devrait pas forcément plaire aux propriétaires loueurs de bien de tourisme. « Je suis surprise du peu de concertation de la part de la mairie », réagit Fanny Attia, du Club des hôtes de la communauté de Strasbourg. « Nous faisons partie des acteurs du tourisme, c’est dommage qu’il n’y ait pas eu de réunion pour échanger sur le sujet. »