Les strasbourgeois découvrent leur ville en état de siège

Philippe Wendling et Ludovic Meignin Photos : Gilles Varela

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Ils n'ont pas eu la patience d'attendre la manifestation prévue demain à 13 h dans le quartier du Port-du-Rhin. Hier, en milieu d'après-midi, entre 500 et 600 militants anti-Otan ont quitté le village autogéré de la Ganzau. Objectif : gagner le centre-ville. Face à eux, les CRS leur barrent la route à la hauteur de la Meinau et de la Kibitzenau. Un avant-goût des potentiels débordements du week-end. Le bilan : une centaine d'arrestations, l'attaque de deux Jeep militaire à coup de poteaux en bois et d'un commissariat au Neuhof.

« Foutre le bordel, c'est normal en de telles circonstances », estime Jean-Philippe, un éditeur parisien de 39 ans. En déplacement professionnel pour la journée à Strasbourg, il retient surtout « l'ambiance particulière. Même s'il y a encore du monde dans le centre, nous sommes dans une ville en état de siège avec tous ces bidasses, ces policiers », déplore-t-il. Une présence qui inquiète mais agace aussi. « On a l'impression de vivre sous une dictature, critique Valérie, enseignante. En plus, pendant qu'on ne peut pas circuler librement, les flics, eux, roulent parfois à fond au risque de renverser des gens. » Pour Noëlle, une commerçante de la rue de la Mésange, le déploiement des effectifs aurait plutôt tendance à rassurer. « C'est une bonne chose que tout soit sécurisé car là, c'est un peu la panique. » Dans l'artère où elle travaille, par peur de dérapages, plusieurs magasins ont décidé de recouvrir à la dernière minute leurs vitrines de planches. Mais ces installations étant trop coûteuses pour sa boutique, une solution plus originale, et moins onéreuse, a été choisie : dissuader les casseurs en installant un drapeau anti-Otan sur la devanture.

Mais les commerçants ne sont pas les seuls à avoir peur. « Moi demain, je ne sortirai pas de chez moi, lâche une cliente d'une soixantaine d'années à une vendeuse. Je ne veux pas mourir dans la foule, pris entre les manifestants et la police, comme en Angleterre », en référence aux affrontements survenus lors du sommet du G20 à Londres. Estelle, sans emploi, ne veut pas prendre de risque non plus. « On quitte la ville pour le week-end, c'est plus sage, explique cette mère de deux enfants en bas âge. Au début, cela amusait mon fils de 4 ans de voir des policiers et des hélicoptères. Mais à force, ça le stresse. Et puis surtout, avec ces zones de sécurité, cela va être difficile de circuler, surtout avec ma fille dans la poussette. » Sabrina, commerçante de 29 ans, veut néanmoins voir le bon côté des choses. « Bien sûr, s'il y a des heurts, il y aura des dégâts collatéraux. Mais c'est quand même une chance pour l'image de Strasbourg, explique-t-elle. Et un événement exceptionnel pour les habitants. Il ne faut pas oublier que Barack Obama va rencontrer [cet après-midi] des jeunes Strasbourgeois. Ce qu'aucun président américain n'a fait jusqu'à présent. » ■