Strasbourg n'a jamais été Otan fliquée

Á Strasbourg, Philippe Wendling

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Des check-points, des autoroutes coupées, des patrouilles policières incessantes. Strasbourg est en état de siège pour le sommet de l'Otan. Si les 28 délégations attendues (lire ci-contre) ne mèneront leurs travaux qu'aujourd'hui et demain dans la capitale alsacienne et à Baden-Baden (Allemagne), des restrictions ont été mises en place crescendo ces dernières semaines.

Hier, à 21 h, les abords des lieux où se retrouveront les chefs d'Etat ont été fermés et seuls les riverains munis de laissez-passer peuvent y circuler, à pied uniquement, jusqu'à demain soir. Dans le coeur de la ville, une trentaine de kilomètres de barrières ont été déployées, sans compter des barbelés autour de quelques sites stratégiques.

« C'est la plus grande opération de sécurité sur le territoire » depuis la réunion du G8 à Evian (Haute-Savoie) en juin 2003, se félicitait, lundi, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, à l'occasion d'une revue de troupes. En tout, 9 000 à 10 000 policiers et militaires quadrillent l'agglomération strasbourgeoise. Des forces de l'ordre secondées dans leur mission, entre autres, par une dizaine d'avions intercepteurs, une batterie d'hélicoptères, des unités de tir sol-air... et du matériel pour parer une attaque nucléaire ou chimique. Un dispositif hors normes que les autorités justifient par le caractère « exceptionnel » de l'événement. Pendant deux jours, outre le président des Etats-Unis, Barack Obama, Strasbourg va en effet accueillir des milliers de personnalités. Parmi elles, 2 000, dont 900 américaines, sont considérées comme « sensibles ». « La tentation est grande pour les terroristes d'agir là où ils peuvent avoir la plus grosse médiatisation », explique Michèle Alliot-Marie.

Autre menace prise très au sérieux, les casseurs dans les rangs des anti-Otan. Sur les 40 000 à 70 000 manifestants attendus, 2 000 personnes représenteraient, selon la ministre, « de véritables dangers de violences ». Elles pourraient même être 3 000 selon les services de renseignement allemands, qui visent tout particulièrement les « black blocs », des groupes de militants issus du mouvement autonome, adeptes de l'action directe (destruction de vitrines, etc.). Pour les empêcher de gagner la France, les contrôles aux frontières ont été rétablis depuis le 20 mars. Hier, la police fédérale allemande indiquait avoir déjà interdit l'entrée sur le territoire français à 52 personnes figurant sur « des listes noires », c'est-à-dire des individus connus pour des faits de violence. Dans la soirée, un photographe allemand de l'agence de presse DDP a été blessé et une centaine de militants anti-Otan ont été interpellés lors des échauffourées qui ont opposé des manifestants à la police. ■